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mercredi 26 mai 2021

L'année de grâce, de Kim Liggett


titre : L'année de grâce
autrice : Kim Liggett
édition : Casterman
nombre de pages : 528
parution : 7 octobre 2020
coût : 19,90€
récompenses : Prix Millepages 2020 et Prix Libr'à nous 2021





4ème de couverture : 

Celles qui survivront ne seront plus jamais les mêmes.

« Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit.
Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en
devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté.
Pourtant, je ne me sens pas magique.
Ni puissante. »

Un an d’exil en forêt.
Un an d’épreuves.
On ne revient pas indemne de l’année de grâce.
Si on en revient.

Avis : 

 Ceci est une chronique « coup de gueule ». Je n’arrive pas à écrire cette chronique sans tout déverser. J’ai besoin d’extérioriser, d’en parler avec d’autres qui ont lu le roman. Elle va donc, une fois n’est pas coutume, contenir quelques spoilers.


L’année de grâce fut une déception. Je m’attendais à un roman révolutionnaire, féministe, engagé. Au lieu de ça, j’ai plutôt trouvé un roman ado basique. Ai-je grandi ? Avais-je trop d’attentes ? 


Le lieu de l’intrigue est inconnu, l’époque aussi, mais les valeurs sont celles du Moyen-Âge. Les filles sont mariées de force, à 16 ans, âge où leur « magie » se déclenche. Juste après les propositions de mariage, qui se font en huit-clos uniquement masculin, les jeunes filles sont envoyées en forêt pour dissiper leur magie et revenir inoffensives. C’est l’année de grâce. L’héroïne, Tiernan, est dès le départ différente des autres. Elle ne veut pas se marier, ne croit pas à la magie, rêve (ce qui est interdit), elle veut être libre, indépendante. 

Pourquoi, pour une fois, ne pourrait-on pas avoir un groupe d’héroïnes et non une seule ? 


Le groupe, c’est ce que j’espérais voir apparaître dans ce roman. Une entraide féminine, féministe. Or, l’année de grâce fait ressortir le pire chez les jeunes filles, l’autrice déploie une violence impressionnante. Pourquoi ce surplus de violence physique, de barbarie ? Peut-être était-ce la frustration que ressentaient les femmes d’être mal traitées en ville qui ressortait entre elles et contre elles durant l’année de grâce ? Néanmoins, je n’ai pas trouvé cela utile, j’avais l’impression d’une violence gratuite, comme dans le film Blanche Neige et le chasseur où les mères défigurent leurs filles pour qu’elles ne soient pas plus belles que la Reine.


Cette violence m’a paru encore plus déplacée quand j’ai découvert au fil des pages une histoire d’amour trop clichée à mon goût. SPOIL La proie et le braconnier, l’amour interdit. SPOIL Dans ce livre féministe, j’aurais aimé une héroïne véritablement indépendante, qui n’a pas besoin d’un homme pour lui faire se rendre compte de la société aberrante dans laquelle elle vit. Or, j’ai eu l’impression de retomber dans une histoire niaise, exactement comme ce que j’avais ressenti à la lecture de VOX, de Christina Dalcher.


Comme pour le roman de Christina Dalcher, le sujet est important : sexisme, machiste, domination masculine et peur de la femme. Et comme pour ce roman, L’Année de grâce a, pour moi, échoué à le traiter sur la longueur de l’intrigue. 


Parlons en de cette intrigue. L’environnement moyenâgeux et magique me paraissait un très bon moyen de détourner tout en parlant d’aujourd’hui (le principe de mise à distance spatiale et temporelle qu’utilisent Saint-Simon dans ses Mémoires, Du Bellay dans Les Regrets, et bien d’autres, permet ainsi de mieux se rendre compte de notre réalité sans entrer en confrontation directe avec elle). Malheureusement, j’ai trouvé le cadre mal posé, il me manquait des détails, des explications : comment en était-on arrivé là ? pourquoi les filles étaient-elles dotées de « magie » ? Et j’ai trouvé de nombreuses facilités scénaristiques (la fin, notamment)


Enfin, et après promis j’arrête ma diatribe contre L’année de grâce, j’ai été gênée par l’écriture. Je ne sais pas si c’est la traduction ou l’originale, mais pour moi, cela sonnait faux. Le vocabulaire utilisé ne convenait pas, j’avais l’impression qu’elle (autrice ou traduction) voulait montrer ses connaissances, ses mots savants. Mais cela n’apportait rien à l’intrigue, au contraire. Certains auteurs ont une langue en excès, des personnages de l’excès, mais c’est fait exprès, comme le Capitan Matamore de qui Scarron se moque et sur qui il cherche à surenchérir (ou comme moi qui tente de réutiliser mes cours dans mes chroniques).


Contrairement à beaucoup d’avis, sur internet, en librairie, je n’ai pas accroché avec L’année de grâce. Mais si ce livre permet à ses lectrices et lecteurs de réfléchir aux problématiques abordées, alors je pense que Kim Liggett aura rempli le contrat médiatique du « livre féministe » et c'est ce qui m'importe, qu'un livre véhicule un message.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
violence physique - sang - mort  -

jeudi 20 mai 2021

Jeux jaloux, de Stéphanie Richard



titre : Jeux jaloux
autrice : Stéphanie Richard
édition : Sarbacane
collection : Exprim'
nombre de pages : 208
parution : 5 mai 2021
coût : 16€





4ème de couverture : 

Dylan, 18 ans, un bac tout frais en poche, s’installe à Paris pour faire une prépa maths.
Une nouvelle vie s’offre à lui dans les beaux quartiers de la capitale.

À un cours de théâtre, il rencontre Emma.
Coup de foudre immédiat !

Dans le même temps, Dylan se lie d’amitié avec Cecil, un dandy à l’humour caustique.
Et soudain, sans qu’il n’ait rien vu venir, il tombe dans l’œil du cyclone. Un tourbillon de jeux jaloux qui le dépasse et l’écrase. Comment ont-ils pu en arriver là ?


Avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture 

Cette fin m'a donné une véritable claque, fin de théâtre. J’en suis abasourdie, je ne peux penser à rien, au point que j’ai mis plus de 2 semaines à écrire cette chronique.


Alors que Dylan entre en première année de prépa scientifique à Paris, il rencontre Emma au club de théâtre. C’est le coup de foudre. Un coup de foudre théâtral. Puis vient Cecil. Et ça complique tout.


Jeux Jaloux m’a laissé une impression très bizarre. Je ressentais comme un malaise, les relations des personnages me dérangeaient. La fin m’a apporté une réponse à ce malaise, mais elle n’explique pas tout. J'ai été gênée par ce livre, peut-être parce que j’étais complètement absorbée. J’avais l’impression d’être en proie à une pulsion malsaine, un espionnage, la pulsion scopique de Lacan, vous connaissez ? le fait de regarder quelque chose d’irregardable, d’insoutenable, mais de le faire quand même, comme quand on passe devant un accident de voiture et que l’on cherche les blessés. Je ne pouvais pas lâcher ce livre et en même temps j’observais en me disant : « c’est quoi ça ? ».


J’ai trouvé la romance irréaliste, tomber amoureux aussi vite ? Mais leurs dialogues à l’ancienne, tous mignons, sont extrêmement amusants : 

"Mon aimée." 

"Pour le voyage au Japon, ce sera pour fêter tes 20 ans. En attendant, voici mon présent..."

" - Tu fais quoi ?

   - Je pense à toi ma belle envolée en mangeant du nougat.

   - Tu me trompes avec du nougat ?

   - Oui... Tendre et croquant comme toi !

   - Je tordrai le cou à ce nougat à peine rentrée, il ne perd rien pour attendre !

   - Je t'aime !

   - Moi aussi... "


Pour l’écriture, pas de doute, Stéphanie Richard me tenait complètement en haleine. Je n’arrêtais pas de me demander « mais pourquoi ? mais comment ? ». A la fin, j’étais à la fois rassurée et horrifiée. J’aurais aimé plus d’explications, mais en même temps, c’est parce qu’elle était abrupte que la fin m’a marquée.


Jeux jaloux est un roman addictif, sombre, où se mettre à la place de Dylan, suivre ses sentiments ou les évènements, est compliqué. Qui croire ? L'amoureuse ? L'ami ? Jeux jaloux n'est pas un simple triangle amoureux comme on en a lu cent fois. C'est plus subtile, jouant sur les faux-semblants, les incertitudes. Et à la fin, il est difficile de classer cette lecture.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
propos homophobes - violence verbale

samedi 8 mai 2021

Lettre à toi qui m'aimes, de Julia Thévenot


titre : Lettre à toi qui m'aimes
autrice : Julia Thévenot
édition : Sarbacane
collection : Exprim'
nombre de pages : 120
parution : 7 avril 2021
prix : 12,5€





4ème de couverture 

Yliès et Pénélope, ça sonne comme un couple fait pour s’aimer, un duo romantique de lettrés ; c’est musical, gourmand, sucré-calé. Alors pourquoi Pénélope ne l’aime-t-elle pas, Yliès, hein ? Elle joue avec lui, en plus, sérieux : du jour où elle l’a rencontré, elle a su qu’elle lui plaisait. Elle l’a senti, compris. Alors pourquoi, pourquoi, l’a-t-elle laissé s’approcher, s’amouracher, se glisser dans son quotidien et ses amitiés, aller aussi loin, aussi près ? Pourquoi ne veut-elle pas l’aimer?

Mon avis 


Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture

 Lettre à toi qui m’aimes fut un coup de coeur. C’est un roman très court, mais qui m’a fait ressentir tellement de choses. 

Lettre à toi qui m’aimes est une magnifique histoire d’amour, pas une de roman, pas de film à l’eau de rose, une véritable histoire d’amour entre deux individus comme vous et moi. Un garçon, qui aime une fille, qui ne l’aime pas en retour. La vision de l’aimant, on la connait, celle de l’aimée, beaucoup moins. Que faire quand on se rend compte que l’on ne partage pas les mêmes sentiments ? que cela va lui faire du mal ? que cela peut même gâcher quelque chose ? Yliès n’y est pour rien, pas plus que Pénélope. 


J'oscillais entre le YES et le PRESQUE -

quand tu as dit quelque chose


(...)


    J'ai su, avec une douce certitude, et souri différemment à partir de là :


tu me plaisais presque,

mais pas.


Dans ce court roman, nous sommes donc dans la tête de Pénélope. Elle sait ce qu’Yliès ressent pour elle, elle le sait, mais elle ne veut pas lui faire du mal, elle ne sait pas quoi lui dire, ne voulant ni le quitter ni le lui dire. Alors elle fuit. La vérité, c’est qu’elle l’aime, mais pas comme il le voudrait.


Est-ce que j'aurais dû te jeter aux cocos ? Te le dire 


e n  t o u t e s  l e t t r e s ?


    Je trouve que ce n'était pas à moi de mettre ton coeur en boîte. Cet organe-là t'appartient, et le mal que tu lui fait est tien - absurde et précieux, cruel sans doute, mais tien.


Julia Thévenot a une écriture si intense, entre rock et poésie. J’ai trouvé que les vers libres ajoutaient à la bulle. J’étais complètement plongé dans ce roman, je l’ai lu d’une traite.  D’une certaine manière, l’écriture m’a fait penser à celle de Joanne Richoux dans Les Collisions.

J'ai dit : 
- Je comprends, Yliès, et je sais - j'ai déjà vécu ça, de ne désirer rien d'autre que d'être prise, serrée, écrasée dans les bras de celui qui habite tes nuits et tes journées ; je sais ce que c'est. C'est dingue, dur, et ça te tord les boyaux et ça te flingue la tête, c'est douloureux.Je vois très bien, mais 
je ne ressens pas ça pour toi
Tu es un super
pote, 
mais je ne te vois pas comme ça.


Ecrire cette chronique fut un peu laborieux. De suite après ma lecture, j’avais écrit ce que je ressentais, mais il m’a fallut un peu de temps avant de pouvoir rédiger. Et maintenant, j’ai envie de me replonger dans Lettre à toi qui m’aimes, dans la tête de Pénélope.


J’ai aimé le sujet.

J’ai aimé la puissance de ce que j’ai ressenti.

J’ai aimé le groupe de rock/jazz et les chansons qu’il m’a fait découvrir.

J’ai aimé les personnages.

J’ai aimé Lettre à toi qui m’aimes ;)

lundi 3 mai 2021

C'est Lundi, Que Lisez-Vous ?

 Hello !


Je suis en vacances, la fin de la prépa approche, j'ai envie de reprendre mon blog. Je lis, je tente de chroniquer, mais ça ne me plait pas... Alors pourquoi pas un petit update ?

C'est lundi, que lisez-vous, QUESAKO ?

C'est lundi, que lisez-vous reprend "It's Monday, what are you reading ?" du blog One person's journey through a world of books. Au départ, le récapitulatif des liens français se faisait sur le blog de Galleane, puis, c'est le blog I Believe in Pixie Dust qui a repris le flambeau 
Le but de ce rendez-vous hebdomadaire, c'est de faire un petit bilan de sa semaine : 
Qu'avez-vous lu ?
Que lisez-vous maintenant ?
Que lirez-vous ensuite ?

Mes lectures, et autres, de la semaine passée : 


 
  • Le Journal de Gurty tome 9 : La Revanche de Tête de Fesses, de Bertrand Santini. Un véritable bijou d'amour et de rigolade
  • L'Année de Grâce de Kim Liggett, qui fut malheureusement une déception, j'écris en ce moment ma chronique ...
  • Jeux Jaloux, de Stéphanie Richard. Je viens à peine (lundi, 19h14) de le finir, et wahou, la fin m'a donné une claque, il va me falloir quelques temps de repos avant la rédaction.
Je reprends doucement des lectures pour le blog. 
J'en suis heureuse ! Ça m'avait manqué





  • Avec mon amoureux, on a (enfin !) fini la série En thérapie. J'ai bien aimé, c'était sympa de suivre les personnages, mais je n'ai pas aimé la fin, voire même, les 5 derniers épisodes.
  • Et je suis encore retombée dans Lois et Clark, les nouvelles aventures de Superman. Je meurs d'impatience de voir la suite de Superman et Lois et donc en attendant je revisionne d'anciennes séries.

En ce moment 


  • Par-ci par-là, je lis des poèmes de Philippe Jaccottet. Je l'ai découvert en cours de lettres, et j'ai beaucoup aimé (enfin, pas la citation sur laquelle nous avions dû disserter pendant 6 heures)
  • Comme je viens de finir Jeux jaloux, je vais commencer ce soir Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal. J'ai très envie de découvrir ce livre, je suis impatiente ;)
  • Hier, on a commencé The Queen's gambit, de Scott Frank

Mes prochaines lectures 


La folie des vacances m'a fait emprunter plein de livres 
  • Le Bleu de tes mots, de Cath Crowley, lecture ado qui me faisait envie pour le blog
  • Nevermoor, tome 1 : Les Défis de Morrigan Crow, de Jessica Townsend, toujours pour le blog
  • Oh Happy Day, de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux. J'avais lu à sa sortie Et je danse aussi, que j'avais adoré, il me tardait de découvrir la suite.

Les articles de la semaine et ceux à venir

Tout n'arrivera pas cette semaine, je ne pense pas pouvoir tout rédiger
Dans l'idéal, c'est ce que j'aimerais pour les prochains jours...

Et vous, que lisez-vous ?
Je vous souhaite une bonne semaine :)

mercredi 28 avril 2021

Un livre à travers des citations : Le Journal de Gurty, La Revanche de Tête de Fesses, de Bertrand Santini

titre : Le Journal de Gurty
tome 9 : La Revanche de Tête de Fesses
auteur : Bertrand Santini
édition : Sarbacane
collection : Pépix
nombre de pages : 233
parution : 5 mai 2021
coût : 10,90€





4ème de Couverture 


CHATACLYSME !!!

Cette année, l'impensable est arrivé !

Tête de Fesses a décidé de nous gâcher la vie en nous présentant  
sa femme, Madame Tête de Fesses et ses trois bébés !

J'avais jamais vécu une aventure avec autant 
de chats dedans et je peux vous dire que je n'ai 
pas été déçue du voyage !


Mon avis : 


Merci aux Editions Sarbacane pour cet envoi :)

 Quel plaisir de retrouver Gurty ! Cette petite chienne est toujours aussi adorable avec ses expressions "D'un bon conquérant, j'ai sauté sur le quai grouillant de bagages à roulettes et de jambes à pieds."ses envies (le farci d'écureuil à la banane) et ses jeux (mention spéciale au jeu des jambes !). 

Dans cette nouvelle aventure, on la retrouve avec des bébés chats, et pas n'importe lesquels, ceux de Tête de Fesses, attention aux fous rires ! 

Qu'est-ce que j'ai aimé dans ce tome ? 
  • Le doux projet secret de Tête de Fesses : anéantir le monde à l'aide d'une armée de chatons. 
"- On aurait voulu vous dire adieu en vous faisant des câlins...
 - Mais on peut pas...
 - On a seulement le droit de vous anéantir...
 - De vous humilier...
 - De vous chasser du canapé...
 - Parce que vous êtes des êtres inférieurs..."
  • Fleur qui se proclame institutrice des bébés chats. C'est trop drôle, elle prend son rôle tellement au sérieux, les dialogues entre elle et Gurty sont géniaux !
" - En tant qu'institutrice, je suis favorable à tout enseignement permettant de lutter contre l'obscurantisme et l'ignorance, a répondu Fleur."

" - Et vous promettez de ne plus suivre les mauvais conseils de vos parents ?
  - Ouiiiiii !!!!
Fleur m'a fait les gros yeux.
  - Gurty ! Est-ce bien convenable de demander à des enfants de désobéir à leurs parents ?
  - S'ils sont crétins, oui, j'ai répondu.
Et Fleur a répondu "OK ! ". "

" Fleur m'a regardée.
  - Le problème de certains parents d'élèves, c'est qu'ils tiennent absolument à ce que leurs enfants deviennent aussi crétins qu'eux."

  • voir le monde à travers les yeux de Gurty
"Ca faisait comme un torrent d'humains qui courraient en tous sens, tirant derrière eux des enfants en pleurs, des chiens en laisse ou des chats en cage, car les chats ne sont pas assez civilisés pour se comporter normalement en public et c'est pour ça qu'on doit les déplacer dans des boîtes fermées à clé."

  • Mais surtout, la bonté qui rayonne dans ce livre, toujours avec une touche d'humour
"   - Quoi ??? Mes fils sont des filles ???
Les trois chatonnes ont éclaté de rire.
    - Mais, c'est impossible, voyons ! a balbutié Tête de Fesses. Vous avez des noms de garçons !!!
    - Et alors ? a répliqué Gérard. Existe-t-il une loi scientifique qui empêche de porter le prénom que l'on veut ?
    - Oui ! C'est contrer la loi de la nature ! a protesté Tête de Fesses.
    - J'estime pour ma part que seule la bêtise est contre nature, a répondu Gérard. Pour le reste, mes filles deviendront ce qu'elles voudront. Et si plus tard elles souhaitent vivre comme des chiens, des truites ou des coquelicots, tant qu'elles sont heureuses et qu'elles distribuent leur bonheur autour d'elles, je m'en réjouirai !"


En bref, je suis toujours aussi fan du Journal de Gurty, cette saga est juste parfaite pour les enfants, mais aussi pour les plus grands qui veulent sourire un peu en prenant exemple sur cette petite chienne si sage  ;) 
"Désolée, demain je suis occupée, j'ai plein de vacances à faire."

mardi 16 février 2021

Soleil jusqu'à la fin, de Mélanie Georgelin


titre : Soleil jusqu'à la fin

autrice : Mélanie Georgelin

édition : Sarbacane

collection : Exprim'

parution : 3 février 2021

coût : 16€








4ème de couverture : 


"Un soir d'hiver, avec tante Teresa, 
on a quitté le bitume de mon enfance. 
C'est arrivé parce que Maman a claqué 
comme une ampoule. Clac, fini la vie, 
fini, d'un coup d'un seul elle a claqué. 
Noir complet." 

Amaya a douze ans quand elle voit sa mère mourir de chagrin, après le départ brutal de son père avec une Arlésienne. Aussi sauvage que sa tignasse indomptable, adulte avant l’âge, habituée à s’occuper de ses parents, elle atterrit dans un orphelinat, y enchaîne les joies et les chagrins, découvre une ribambelle de mômes brisés et d’adultes bancals qu’elle tente de réanimer comme elle peut, à coups d’histoires saugrenues et de mensonges poétiques.
Mais ce mode de survie n’a qu’un temps : Amaya est vite rattrapée par la vie telle qu’elle est, celle qui frappe sans crier gare et qui ne fait pas de quartiers. Jusqu’à ce qu’elle débarque chez Pierrot et Madeleine, un couple de vieux fous amoureux, étranges et facétieux, avec qui elle va découvrir de nouveaux horizons…



Avis : 



Merci aux Editions Sarbacane pour cet envoi, et à Laure pour le choix, ce fut un coup de cœur !


«  - Pour l'instant, tout est difficile... Un enfant n'a pas voix au chapitre. Et puis un jour, tu verras, on est adulte, et on commence à avoir le choix. Le choix de tout, certainement pas, et d'ailleurs, ça dépend des vies, faut pas se raconter des idioties. Mais comme j'ai réfléchi à ces questions depuis longtemps, je pense qu'on a toujours au moins un choix : celui de qui on veut être, au sens où on peut choisir, même dans les situations les plus moches, de rester humain. Je crois que c'est notre seule liberté. »



Amaya est une petite fille de 12 ans, c’est jeune 12 ans pour supporter toutes les merdes qui lui arrivent. Alors, pour ne pas s’effondrer, Amaya s’est construit une carapace. Un carapace pleine de  cynisme avec un caractère bien trempé.

« « La vie c'est une tartine de merde, et on en mange un peu tous les jours », disait ma mère, je m'en souviens. »


Et cette carapace cache en fait une petite chose sensible et douce. Mais, c’est dur de se montrer vulnérable n’est-ce-pas ? Pour moi, Soleil jusqu’à la fin, c’est ça : apprendre, non plus à survivre, mais à vivre. A vivre avec toute la difficulté de la vie, en l’acceptant, en la comprenant, en l’aimant même peut-être ? 

« Si tu estimes que ce que je dis est débile, dis-toi que j'essaie seulement de compenser l'absurdité de ce monde. »



Mais qu’est-ce que ce livre m’a donné une claque! Et même plusieurs. Parfois, je me dis que c’est pas humain d’avoir ces vies-là, les « foutus » de la vie, que c’est pas humain de faire souffrir comme ça, de ne pas se rendre compte de la douleur que l’on engendre, de la douleur qui existe autour de nous. Ça oppresse, coupe le souffle.

« En vérité, je suis cernée, Albert. A droite et à gauche. A tel point que la misère me sort par les trous de nez. Excusez-moi, je voudrais sortir, sortir de la vie, cette vie pourrie ! Putain mais laissez-moi passer, je cherche la sortie de secours ! Je n'arrive plus à chantonner gaiement dans la nuit noire. J'ai peur. Et dans mon corps, ça brûle. J'en peux plus, je voudrais hurler. Allô, allô, il y a quelqu'un ? Mais rien, ici tu peux t'évertuer à crier "allô, allô", ma parole Albert, y'a d'la merde dans le tuyau. »



Ce deuxième choc qu’Amaya a vécu, c’est le pire. C’était horrible, cruel. Je l’ai senti en moi, qui me coupa le souffle, choc boum. Je savais plus quoi penser, quoi faire. J’étais comme morte moi aussi.



Elle en bave Amaya, et la narration le retranscrit parfaitement. Suivant qu’il s’agisse de ses pensées ou de dialogues, le langage n’a pas la même violence, pas la même construction. Mots d’adultes et tournures d’enfants. Mais les mots d’Amaya restent durs, elle te les jette à la gueule, les crache. Pourtant, derrière, on peut apercevoir un certain aspect enfantin, naïf. Elle garde un espoir, parfois qui blesse, elle se raconte des histoires. 

« Parfois, c'est vrai, la vérité je m'en fous, je raconte n'importe quoi, pourvu que ça mousse. Parce qu'on a beau dire et faire les braves, on a tous un jour ou l'autre besoin de se colmater.

Pourquoi tu crois, Albert, que nos bennes sont toujours pleines à craquer ? On consomme pour oublier la vie, la vie telle qu'elle est. »


Parce que, même après tout ce qu’elle a vécu, Amaya, c’est une enfant, et rien ne peut lui enlever toute son enfance dans son entièreté. Elle en a de l’imagination, elle s’y est réfugiée avec Soledad, sa poupée, et nous on la suit, nous, « Albert », interlocuteur imaginaire d’Amaya.

« Me vient qu'il y a nos mères et les mères de nos mères et nous formons des ribambelles de femmes, comme des poupées russes. Des ventres et des sourires s'alignent puis sombrent dans la nuit de l'Histoire, et on a beau courir après, ces sourires tombent et ne reviennent jamais. Nos mères, elles sont englouties, Albert. »



Dans ces deux cents pages, Amaya évolue, réapprend à vivre, à croire en l’espoir de vivre. Et c’est beau d’une certaine façon. On apprend avec elle, on la voit grandir, traverser les étapes de sa vie, plus ou moins belles, plus ou moins dures. L’espoir à la fin, c’est aussi ça que je retiens, malgré toute la dureté de la vie, il y a de l’espoir, il faut apprendre à le voir.

« C'est ça, je crois, le pire de tout ce à quoi je peux penser face à la mort de ma mère ; qu'on peut en sortir, la psy. On peut ! Et elle, elle le saura jamais. »


Ce livre fut un coup de cœur, un coup de poing, une claque monumentale qui m’a coupé le souffle, fait pleurer (ou du moins, donné fortement l’envie), qui m’a submergée de tous ces malheurs, et puis à la fin, qui m’a fait relever la tête, sortir de l’eau, comme Amaya, et j’ai souri, et espéré.


Mini spoiler dans ces citations : 

« Je souris, je crois pour la première fois, à mon origine, celle qu'on déteste longtemps, qu'on cherche à semer, quitte à se perdre et qu'on se surprend un jour à aimer. Je suis de ces êtres ordinaires, un peu cassés, un peu ratés, mais qui poursuivent leur chemin, de mieux qu'ils le peuvent. Et je comprends que je veux rester parmi ceux-là, les petits, les foutus, les vaincus. Je pense à Ruby, à Tom, à Jeannot, à Pépito, à Danaé, à mes amis d'avant, et d'une certaine façon, même si je m'en sors, même si je pars vivre avec ma tante Teresa, je reste avec eux. Je ne les quitte pas. Parce que je ne suis sauvée de rien, et je ne veux même pas l'être : être sauvée suppose toujours qu'on laisse des gens derrière soi. »


« Moi, je voudrais seulement retomber comme un petit soufflet au fromage, et ne plus croire qu'il existe mieux après, plus loin, plus tard. Que l'herbe est plus verte ou plus tendre ailleurs. Je m'en fous. J'ai que cette vie-là, la mienne, et je m'apprête à la retrouver, à regagner ma cité, sans fleurs, sans couronnes, ma cité de béton qui m'a craqué mon père, ma cité de charbon où j'ai perdu ma mère. Je suis prête à aimer ce que j’ai. » 


C'est vrai que cette chronique est construite bizarrement. Durant ma lecture, certaines phrases m'ont comme sauté à la figure, je voulais m'en souvenir, je voulais les partager. J'ai aussi, cette fois-ci, écrit ma chronique tout au long de ma lecture. En la reprenant, et en l'organisant, je me suis rendue compte que j'avais une citation par point. Est-ce de relever les citations qui m'a impulsé un avis ? Je pense, et puis, la plume de Mélanie Georgelin est si percutante, je me devais de vous la partager.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
viol - maltraitance sur enfant -

mercredi 20 janvier 2021

Les Papis contre-attaquent de Claire Renaud


titre : Les Papis contre-attaquent
autrice : Claire Renaud
illustratrice : Maurèen Poignonec
édition : Sarbacane
collection : Pépix
parution : 6 janvier 2021
coût : 10,90€






4ème de couverture

« Je m’inquiète. Papi ne dort plus la nuit, il va et vient dans l’appartement et fait un sacré raffut. Je crois que c’est parce que son pote, Léonard, le barreur de leur bateau au club d’aviron, a été placé dans une maison de retraite. Du coup, « l’équipe des Lascars » (l’équipe de Papi, ils ont tous des prénoms qui se finissent en ‘ar’, c’est pour ça) va perdre la course de dimanche, et Papi déteste perdre !

Alors ils ont décidé, avec Richard l’Anglais, Oscar le prof de lettres, Bernard le pharmacien (et donc Gérard mon papi déménageur), de s’introduire dans l’Ehpad et d’en ressortir avec Léonard. Seulement, à l’entrée, il y a une sorte de Cerbère, une gardienne pas commode qui voit tout, entend tout et empêche tout. Donc il va falloir ruser… »

Avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi !

Guenièvre, c’est la narratrice, et elle est sacrément tête en l’air ! Vous vous souvenez de cet.te élève en primaire qui venait à l’école en pyjamas, avec ses chaussons…? Eh bien c’est elle ! Elle a une maman danseuse qui virevolte plus qu’elle ne bouge et un papi Gérard, ancien déménageur, qui fonce plus qu’il ne réfléchit.

Et c’est justement Papi Gégé qui va lui poser problème. Vous pensiez les papis-mamies bien tranquilles et inoffensifs ? Que nenni ! 

«Avec les papis et les mamies, faut toujours se méfier ! Ils ont l’air vieux et fragiles, un peu rêveurs, et en fait ils peuvent être super inventifs, très efficaces… et inarrêtables ! Quand ils passent à l’action, crois-moi, ça dépote !» dit Clémentine, la meilleure amie de Guenièvre et la petite fille d’une mamie qui voulait braquer une supérette (C’est dans Les Mamies attaquent, que je n’ai pas lu, mais qui me donne bien envie maintenant !)

Papi Gégé a une compet’ d’aviron et il lui manque un membre, coincé dans un EHPAD. Alors, avec sa bande des Lascars, il a décidé de le faire évader, quitte à se retrouver au poste de police, en pleine nuit avec un avocat, drôle d'idée non? … (cette scène, mais cette scène, ma préférée de tout le roman ! Elle est génialement drôle !)

Dès le départ, on sent qu’on va rire n’est-ce pas ? Parce que bien sûr, ça va partir en cacahuète, bien sûr, les Lascars vous se heurter à un obstacle de taille : Cerbère ; ils vont enchainer échec sur échec et imaginer des plans plus farfelus les uns que les autres que nous découvrons avec délice.

La bande des Lascars même est hilarante : 
- Gérard, un peu balourd, très fonceur et qui gueule si fort que le rôle du chef lui revient d’office
- Bernard, ancien pharmacien qui se promène avec sa mallette de médicaments « au cas où » et qui se préoccupe de la santé de tout le monde
- Richard, Anglais avec un français approximatif, ce qui donne des phrases à se tordre de rire. Je l’adore !
- Oscar, comme tout bon prof qui se respecte, il récite des auteurs sans arrêt et je trouve l’idée top comme première approche des « œuvres classiques » pour les plus petits (et puis j’en ai glané une ou deux pour mes cours)
- Léonard, enfin, le Lascar coincé dans un EHPAD avec une jambe cassée et pour qui les autres se démènent. Il accepte tout, il est tout mignon, je ne sais même pas s’il n’était pas un tout petit peu bien quand même à tricoter à l’EHPAD.

Bref, un concentré de rigolade raconté par Guenièvre avec beaucoup de lucidité et de naïveté en même temps (je me demande juste si parfois, « elle » n’utilise pas des mots trop compliqués sans forcément les expliquer : un bâtiment vétuste, des enfants savent ce que cela veut dire ? Mon petit frère de 11ans non, peut-être une petite phrase du genre : « mais si, vous savez, quand c’est tout vieux, tout abîmer » mais bon, pour ça, il faudrait peut-être l’avis de quelqu’un plus au même de l’éducation que moi) et qui m’a fait passer un très bon moment !



Un petit peu de khâgne ?


“Le ciel est, par-dessus le toit,
/Si bleu, si calme!
/Un arbre, par-dessus le toit,
/Berce sa palme.”
Verlaine, Sagesse

Ecrite lorsqu'il se trouvait en prison, je trouve cette citation très belle. Je vais essayer de la glisser dans une de mes dissert', elle peut convenir au motif de l'ennui, ennui si grand qu'il ne peut se dire par l'expression du sentiment mais par des images, ennui devenu universel, comme vision désabusée du monde, un monde où l'on est enfermé.

“Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis ! 
/Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis.”
Racine, Phèdre, Thésée, IV, 1

La perpétuelle errance de Phèdre, d'Hippolyte, de Thésée dans Phèdre, mais aussi d'Antiochus dans Bérénice. L'errance physique peut traduire l'errance mentale, le fait que les personnages soient perdus dans leurs sentiments trop violents, le fait qu'il n'existe pas d'endroit, pas de vie possible où ils puissent vivre avec ces sentiments là.