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samedi 9 septembre 2023

Tout Ella de Sarah Emilie Simone


Titre : Tout Ella
Autrice : Sarah Emilie Simone
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 224
Parution : 3 mai 2023
Coût : 16€





4ème de couverture : 

Une comédie de passage à l’âge adulte à se mordre les joues de bonheur. 

Le jeudi, je passe mon permis.
Le vendredi, j’ai les résultats du bac et ma mère italienne tombe dans les pommes pour un demi-point au rattrapage.
Le samedi, je pars en Bretagne avec mes meilleurs amis dans une voiture volée empruntée pour aller chercher Zaza, ma grand-mère, qui a soudain disparu.
Le dimanche je me réveille la tête dans le sable, je me suis embrouillée avec tout le monde et j’ai 45 appels en absence de ma mère italienne.

Ouhlà, Ella, qu’est-ce que t’as encore fait comme dinguerie ?


Mon avis : 

Je suis un peu mitigée en refermant Tout Ella. Le roman est très drôle, et il y avait certains passages qui me faisaient bien rire, mais je n’ai pas, mais alors pas du tout, accroché avec l’héroïne.


Je ne pouvais pas voir Ella en peinture, elle voulait à tellement retrouver Zaza, sa grand-mère qu’elle en devenait égoïste. Ses amis vont jusqu’en Bretagne (de Paris !) pour elle, et elle n’a aucune reconnaissance envers eux, elle est même prête à saborder l’audition de sa meilleure amie. Au premier abord, je trouvais ses motivations justes : elle avait peur qu’il soit arrivé quelque chose à sa grand-mère, mais plus les pages défilaient, plus Ella était en colère contre Zaza pour l’avoir abandonnée.


Mise à par Ella, qui a quand même bien entaché ma lecture, c’est un livre à l’aventure rocambolesque. Sarah Emilie Simone ne nous décrit que quatre jours ! Ce court laps de temps donne au roman une certaine urgence sans toutefois nous tourner la tête. La rencontre avec l’agent de sécurité, sortant de nul part, marche à merveille, en plus d’ajouter un burlesque très agréable, elle apporte une certaine touche d’humanité au roman, un espoir d’empathie et de gentillesse désintéressées. Durant ces quatre jours, nos héros ne sont pas toujours en symbiose, une énorme dispute éclate mais ils finissent par se retrouver, ce qui définit parfaitement l’amitié : des embrouilles et des réconciliations. 

Ce court road-trip plein de fraicheur permet tout de même une évolution des personnages, ils sortent grandis de leur expérience qui semble pour le moins inconsciente, on peut se le dire. Sarah Emilie Simone nous montre une vie entière condensée en quelques jours à peine.


Alors que le personnage d’Ella m’est antipathique, les personnages secondaires sont eux, très touchants. Entre Maya, la jeune fille réfléchie, aux talents artistiques qui a toujours su ce qu’elle voulait faire de sa vie, et Ben qui est en proie à des combats internes et familiaux, on peut facilement se reconnaitre dans certains de leurs traits de caractère. Tous deux nous montrent cet âge charnière de la fin du lycée où l’on se cherche encore et où l’on est un peu perdu au milieu de tout cet enchaînement de changements. 

La mère d’Ella est par ailleurs très comique : archétype de la mamma italienne, elle est maladroite, et parfois, comme tous les parents, un brin trop protecteur. Après la mort de son mari, elle s’est renfermée pour se protéger sans savoir que cela allait impacter sa fille. Malgré tout, on ressent l’amour qu’elle porte à Ella et son souhait d’une vie meilleure pour elle. 

Quant à Zaza… C’est un personnage, dans tous les sens du terme ! Complètement atypique, elle est la personne la plus importante pour Ella, elle s’est occupée d’elle comme de sa propre fille. La décision qu’elle a prise de partir n’était motivée que par la volonté de faire grandir sa petite-fille, même si je trouve cela un peu ahurissant d’opérer un changement si brutal.


On éprouve un certain attachement au trio constitué par Ella, Maya et Ben, rendant cette lecture plus sympathique. A travers ce road-trip rempli d’imprévus et d’émotions, Tout Ella aborde avec justesse le difficile passage de l'adolescence à l'âge adulte.

lundi 29 mai 2023

Paradise Kiss, de Ai Yazawa


Titre : Paradise Kiss
Tomes : intégrale de 5 tomes
Mangaka (autrice et illustratrice) : Ai Yazawa
Editions : Kana
Collection : Shojo Kana (mais considéré comme josei au Japon)
Nombre de pages : 880
Parution : août 2008 pour l'intégrale (entre 2000 et 2003)
Coût : 19€




4ème de couverture : 

La très sérieuse lycéenne Yukari n'a qu'une obsession: réussir son entrée à l'université. Son assiduité aux études n'a d'égale que sa phobie excessive des gens. Aussi, quand un garçon tente de l'aborder, puis qu'un travesti lui barre la route, elle s'effraie au point qu'elle s'évanouit! Lorsqu'elle se réveille au "Paradise Kiss", une sorte de bar tenant lieu d'atelier de couture, elle apprend que ses "agresseurs" sont des étudiants d'une école de mode qui travaillent à leur création de fin d'année. Isabella, le travesti, Arashi, le garçon, et Miwako, sa copine, s'activent à réaliser une robe dessinée par leur ami Georges. En raison de sa taille et de sa minceur, Yukari est pour eux le mannequin idéal pour présenter ce modèle. Quels sacrifices devra-t-elle faire pour entrer dans ce monde bizarre qui l'attire pourtant ?

Mon avis : 

L’été dernier j’avais lu la série Je ne suis pas un ange de Ai Yazawa. Je me souviens avoir été conquise par les dessins sublimes, mais moins par l’histoire. Eh bien il en est de même pour Paradise Kiss.

Le style graphique d’Ai Yazawa est magnifique. Ses traits, élégants et très fin, permettent aux dessins d’être extrêmement détaillés, conférant ainsi un caractère très réaliste aux personnages mais aussi aux décors. Bien sûr, on retrouve le style du manga dans certaines expressions faciales, mais elles ressortent tellement par rapport au reste qu’elles ne forment qu’une petite bulle d’eau à l’intérieur d’un océan.

Les traits d’Ai Yazawa permettent surtout de mettre en valeur le thème de Paradise Kiss : la mode. Les robes et les accessoires sont éblouissants, chaque création de Para’Kiss m’émerveillait au plus au point.
Je découvrais avec plaisir l’univers magique et impitoyable de la mode. Derrière la marque Para’Kiss se cachent quatre étudiants d’une école de stylisme : Miwako et Arashi qui cousent, Isabella qui dessine les patrons et last but not least Georges qui crée les vêtements. Cette bande d’amis ont fait d’un vieux bar leur atelier où ils se préparent pour le défilé de leur école. Mais pourquoi se donnent-ils des noms anglais ? Ça, je n’ai pas réussi à le comprendre… Par le dessin, ils sont bien distinct les uns des autres : un style excentrique pour Isabella, metalleux/punk pour Arashi, androgyne pour Georges, très classe et froid pour Yukari et ma préférée, Mikawo, toute mignonne avec son style enfantin et ses différentes perruques.

On rencontre ces personnages par le biais de Yukari, l’héroïne de Paradise Kiss. Elève sérieuse qui se prépare aux concours d’entrée en fac, elle est accostée par Arashi. Sa grande taille et sa minceur font d’elle le mannequin parfait. D’abord réticente, Yukari va entrer dans ce monde bizarre et attirant dans lequel, je trouve, elle n’a de place que par son apparence. Plusieurs thèmes sont abordés : l’orientation professionnelle, les relations amicales et amoureuses, les conflits familiaux, les doutes et les prises de conscience… Malheureusement, tout cela est gâché par les personnages. Je ne peux pas les supporter. 

Que ce soit de par leur caractère ou leurs relations, les personnages sont d’une toxicité effarante. Je semble dure, mais je les ai vraiment trouvés problématiques. Georges est imbuvable, il est hautain, prétentieux et ses interactions avec les autres sont extrêmement malsaines. Autocentré, il ne prend pas ses amis en considération, donne des ordres à tout va et se comporte finalement exactement comme son père qu’il considère pervers. Les filles sont d’une soumission horripilante. Ce n’est pas possible d’accepter de se faire rabaisser à ce point par des garçons. Que ce soit Miwako, Yukari, et même la mère de Georges, elles ne vivent que pour eux, changent leur comportement pour leur plaire et leur pardonnent tout. Elles couchent même avec eux pour rester dans leurs bonnes grâces et oblitère un viol comme un simple "accident de parcours". Ce n’est pas de l’amour, et le montrer comme tel est extrêmement dangereux, ce n'est plus possible à notre époque (le dernier tome est, certes, paru en 2005 en France, mais ce n'est pas une excuse, ou du moins, il faut l'avoir bien en tête en le lisant). Paradise Kiss montre alors les hommes comme dominants, chefs suprêmes et les femmes comme dominées, tout juste bonnes à leur faire plaisir. Toute l’évolution de Yukari tourne autour de Georges, il n’aime pas les filles qui se laissent faire ? Alors elle va être décidée. Il n’aime pas les filles en désaccord avec lui ? Alors elle va s’opposer. Elle change complètement pour lui qui est en plus paradoxale dans ses choix et ses envies. 
Au milieu de ces personnages : Isabella. Jeune femme indépendante, née garçon, elle vit comme elle l’entend. Dessiner des patrons est sa passion, elle n’a que faire du regard des autres et finalement, c’est elle la plus sage du groupe. Elle n’est au centre d’aucun drama ce qui, je pense, explique la rareté de ses apparitions. On a cependant droit à quelques très belles scènes avec elle sur la transidentité. 

Le plus de cette série, l’intérêt premier étant le graphisme, réside dans l’humour de la mangaka. Elle brise le quatrième mur à travers les réflexions de ces personnages telles que « c’est parce que tu n’es pas le héros de cette histoire » ou « ce chapitre va se concentrer sur ça » ou encore « il s’agit d’un manga shojo, il ne devrait pas y avoir de scène aussi explicite » (car oui, il y a quelques scènes de sexe sans pudeur mais très sensuelles). Cela m’a beaucoup amusée. De même pour les petits résumés entre chaque tome où un personnage de la bande raconte le tome précédent suivant son point de vue, et digresse aussi beaucoup de l’histoire. 

A la fin de ces cinq tomes, les personnages ont tout de même évolué. Le monde des adultes les a rattrapés et avec lui, certaines prises de conscience sont arrivées. Ils ont mis un point final à leur relations malsaines, que ce soit en les modifiant ou en les terminant définitivement. Sur ce point, le manga a pris une tournure plus mature, montrant la complexité des sentiments humains et non plus uniquement un schéma problématique à perpétrer. Un dernier chapitre "Dix ans après" sur Yukari clôture Paradise Kiss.

dimanche 28 mai 2023

Kérozène, de Adeline Dieudonné


Titre : Kérozène
Autrice : Adeline Dieudonné
Edition : Iconoclaste
Nombre de pages : 312
Parution : 1 avril 2021
Coût : 20€ (existe aussi en poche)






4ème de couverture : 


Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Un livre composite pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.

Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité. Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné : meurtres, scènes de baise, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, Kerozene interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde.

Mon avis :


La boucle est bouclée. C’est la seconde impression que j’ai en refermant Kérozène : la fin est écho du début, elle lui répond, identique avec seulement une précision en plus. Sauf qu’entre temps, une ribambelle de personnages ont défilé, 13 en tout.

Chacun raconte un pan de sa vie. Une partie qui peut, ou non, expliquer leur présence dans cette station service. Parce que oui, j’ai oublié de le dire : ces 13 personnages ont un point en commun, ils se trouvent sur une aire d’autoroute des Ardennes. A partir de là, Adeline Dieudonné joue avec eux. Elle les fait se rencontrer, se croiser, elle raconte leur passé plus ou moins loin. J’ai vraiment eu cette impression de jeu. Avec des chapitres indépendants les uns des autres qui équivaut chacun à une histoire, l’autrice tisse des liens entre ses personnages, se fait marionnettiste du roman. Je dois avouer que ce jeu m’a quelque peu perdue ; j’avais du mal à différencier chaque personnage, qui était qui, qui avait rencontré qui… La fin m’a paru abrupte après avoir écouté tant de voix différentes, je n’y étais absolument pas préparée, et je ne pense pas l’avoir bien comprise.

J’ai dit que cette construction circulaire était la seconde chose qui m’avait frappée à la fin du roman, la première étant une sensation de malaise. Le livre s’ouvre sur une phrase choc : « 23h12. Si on compte le cheval mais qu’on exclu le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise. » (ça rappelle un certain incipit…). Elle donne de suite le ton au roman : une fascination perverse et jubilatoire. Avec ses phrases courtes tombant d’un coup comme une pierre, les pages s’enchaînent à une rapidité monstre qui accentue la sensation douce-amère de la fin. Les mots et leur sens nous explosent à la figure, tellement qu’il nous semble être au milieu de l’action et l’on se sent souillé, à la fois épié et voyeur.

A travers des personnages tous plus dérangeants les uns que les autres, Adeline Dieudonné dépeint une société contemporaine d’une violence inouïe. Toutes ces vies fracassées, si névrosées qu’on ne peut qu’espérer qu’elles ont été inventées, ça fait peur. Au milieu de tous les narrateurs, Red Apple, un cheval, paradoxalement le plus humain de tous, et ma plus grande surprise aussi. Dans les autres chapitres, on subit une vie malsaine qu’on a aidé à créer, ici, on est l’innocent qui vient de naître, l’enfant qui ne connait pas la vie et à qui on fout une baffe pour la lui expliquer. On est dans la tête de Red Apple, une sorte de parenthèse entre des scènes de sexe et d’une morbidité sans nom, la violence est moins poignante mais n’en reste pas moins présente devant ce regard naïf qui découvre l’incompréhensible cruauté de l’humanité. 

Oui, c’est vraiment ça que je retiens de Kérozène : un roman-fables (qui s’est d’ailleurs renforcée quand, lors d’une rencontre, Adeline Dieudonné a expliqué la genèse du roman : des nouvelles antérieur qu’elle avait voulu mettre en scène et étoffer) sur les dérives de l’être humain, entre pamphlet et thriller.

PS : Ca faisait longtemps que je n’avais pas écrit, je me suis donc bien amusée avec cette chronique pleine d’emphases et de mots grandiloquents


mardi 24 janvier 2023

C'est quand la vraie vie, de Claire Renaud


Titre : C'est quand la vraie vie ?
Autrice : Claire Renaud
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 224
Parution : 4 janvier 2023
Coût : 17€





4ème de couverture : 
Un « récit de vie » à l’échelle d’une année, qui fait grandir trois copines de 13 ans, avec drôlerie et délicatesse ! La vraie vie adolescente, pleine de ses gênes et drames savoureux. 

Antigone, Camille et Nina ont 13 ans, et beaucoup de questions, à commencer par : la vie, la vraie, ça commence quand ? Elles aimeraient vivre leurs aventures à elles, ne plus rester sur le bas-côté. Devenir des femmes fières et indépendantes – mais aussi, euh… belles, sûres d’elles, aimées, amoureuses ? Pour ça, Antigone compte bien prendre son destin en main, et elle a un plan. Non, deux. Trois plans. D’abord, elles vont devenir féministes. Et puis, se faire inviter aux soirées. Et puis, se trouver un amoureux. Et aussi, se relooker. Non, attendez, est-ce que c’est pas antinomique avec le fait d’être féministe ? Mince, et puis voilà soudain un drame familial à régler.
Alors ?? La vie, la vraie, ça commence quand ?


Mon avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour l'envoi

Antigone a 13 ans, deux copines : Camille et Nina, un crush et une conscience féministe. On fait la rencontre des trois amies le soir, dans la rue : elles collent. Pourquoi ? Parce que l’éveil féministe commence tôt, parce qu’elles veulent impressionner des filles de lycée, parce qu’elles veulent VIVRE. La jeune Enora de 13 ans est impressionnée, elle aussi aurait voulu s’insurger contre le système, faire partie de cette révolution politique.

Les lendemains, au collège, Antigone croise le regard de Basile, coup de foudre unilatéral, Antigone est prise dans ses filets. Telle la consonance tragique de son prénom, le garçon devient sa muse, son obsession, il faut qu’il l’aime, sans lui, sa vie n’a plus de goût. J’ai aimé la façon qu’a l’autrice de décrire le premier amour, il prend toute la place, nous déconcentre et nous laisse pantois, sans autre but que de se rapprocher du sujet de notre tentation. Néanmoins, avec l’emphase de ses phrases, j’ai trouvé qu’elle allait trop loin, certes, le premier amour est important, mais la plume de l’autrice lui a conféré un aspect un peu ridicule.


A partir de là, Antigone, Camille et Nina échafaudent un plan pour que notre héroïne séduise Basile : teinture, relooking, cuisine, et soirée, elles sont prêtes à tout. Mais ne sont-elles pas trop jeunes ? Se maquiller, se boucler les cheveux, les teindre en blonds… tout ça se passent au collège ? Ce n’était en tout cas pas mon collège à moi. Et c’est là que l’importance du public entre en jeu ; C’est quand la vraie vie ? est un romain Young adult alors que moi, du haut de mes 21 printemps, je lis plutôt du New adult. Le collège est loin pour moi, les codes ont changé et je n’arrive pas à m’identifier. 


Ce roman aborde donc les sujets qui peuvent définir la vie d’une ado, amours, collège, apparence, politique… et famille ! Parce qu’à la maison aussi, la vie bouge. Entre le père de Camille qui réapparait après une dizaine d’années d’absence et la mère d’Antigone qui ne rentre plus le soir, les drames familiaux occupent bien nos héroïnes. D’ailleurs, parlons en de ces parents : la mère est si blessée qu’elle rejette ses enfants et le père est si à l’ouest, que ce sont les grands qui deviennent les adultes. J’ai trouvé cela assez fort, Claire Renaud montre ainsi, peut-être de façon exagérée, que les parents sont avant tout des individus avec leurs propres failles et sentiments. 

On entre dans le roman avec une écriture bien particulière. La plume, poétique, est pleine d’emphases, elle est rythmée par une alternance entre phrases courtes et phrases nominatives, ce qui lui confère une impression toute théâtrale. L’autrice commence fort : C’est quand la vraie vie ? ne ressemble à rien de ce que j’ai lu, ce qui m’a au début bien décontenancée. Je trouvais que c’était trop, j’accrochais difficilement. Elle explique cela par le fait que notre héroïne, Antigone, s’inspire de son homonyme, la protagoniste tragique d’Euripide. Sauf que pour moi, Antigone c’est Anouilh, un de mes livres préféré et qui ne coïncide absolument pas avec l’écriture tragique de Claire Renaud. Au fil des pages, pourtant, elle se simplifie, se rapproche plus de notre façon de parler. Alors d’un côté, j’ai été soulagée, ma lecture était bien plus fluide, et de l’autre je me suis interrogée sur la raison qu’avait eu l’autrice d’écrire de cette façon au début du roman. 

En bref, je pense que je suis passée à côté de ce roman. La différence d’âge de public m’a empêchée d’entrer dans l’histoire comme il se doit. Néanmoins, l’histoire est sympa, l’écriture intéressante, les sujets nombreux et importants : ce roman plaira aux ados. 

samedi 17 décembre 2022

L'Eveil des sorcières tome 2, de Cordélia


Titre : L'Eveil des sorcières
Tome 2 Le Secret de Maelys
Autrice : Cordélia
Edition : Scrinéo
Nombre de pages : 240
Parution : 14/10/2021
Coût : 12,90





4ème de couverture : 

Ma vie a ra-di-ca-le-ment changé ces derniers mois : je suis devenue une... sorcière ! En plus, je ne suis pas la seule du collège : Maelys et Rajan, deux élèves à qui je n'avais jamais parlé, le sont aussi ! Ensemble, on fait notre apprentissage auprès de Mme Wàn, notre prof de musique (enfin de sorcellerie surtout !). 
Après avoir passé (et réussi) mon initiation de sorcière en décembre, je pensais pouvoir continuer mon apprentissage tranquillement. Mais depuis quelques temps, Maelys est bizarre : elle est énervée, elle délaisse les cours de magie et ne réussit plus bien ses sorts... Et quand j'essaye de savoir ce qui ne va pas, elle refuse mon aide. Que faire ? Heureusement, avec Rajan, on a un plan pour comprendre ce qui se passe...

Mon avis : 

Ça fait une semaine que j'essaie d'écrire ma chronique du tome 2 de L'Eveil des sorcières de Cordelia, alors vous savez quoi ? On laisse tomber les fioritures et les grands discours et on s'y met ! 

Dans le tome 1, Nora se découvre des pouvoirs magie et Harmonie, sa professeur de musique, la prend en apprentissage. Elle rencontre alors deux autres apprentis : Rajan et Maelys. Bien que jeunes, ils sont déjà sensibilisés aux questions d'égalité et vont lutter contre le sexisme qui sévit dans leur collège, en utilisant un peu de magie…

J’avais beaucoup apprécié ce tome 1 : de la magie, de l’engagement, de l’inclusivité et de la bienveillance, que demander de plus ? Cordélia nous offre ici un roman jeunesse accessible à tous, divertissant tout en transmettant de belles valeurs. J’ai aimé qu’elle prône ainsi la différence avec une famille homoparentale et des personnages au physique varié. De plus, j’ai appris l’existence du Langage Parlé Complété. Là où la LSF (langue des signes française) est une véritable nouvelle langue où l’on utilise uniquement des signes, la LPC est un complément au langage oral.


Le tome 2 va se concentrer sur le personnage de Maelys, mais bien sûr, la narratrice reste Nora. 

Maelys a un an de plus que Nora et Rajan, et elle est apprentie sorcière depuis un peu plus de deux ans. C’est une fille très douce, toujours prête à aider ses consoeurs à perfectionner leurs sortilèges. Or, Nora observe des différences chez son amie, elle arrive en retard, paraît fatiguée, sur les nerfs, et semble cacher un mal-être derrière une façade méprisante. 

Dans ce tome, Cordelia aborde la santé mentale chez les jeunes et l'importance d’entendre leur détresse. Thématique extrêmement importante et trop peu exploitée en jeunesse, j'ai cependant trouvé que cela allait très vite. J'aurais aimé un crescendo plus approfondi, avec des questionnements et des incompréhensions de la part de Nora et Rajan.


Le personnage de Nora est attachant. Enthousiasmée par sa découverte de la magie, elle prend ses cours très au sérieux et l’on a accès à certaines pages de son grimoire, chose qui m’a beaucoup plus. Néanmoins, son apprentissage empiète sur sa vie de collégienne, et elle s’éloigne petit à petit de ses amies. J’aurais aimé la voir plus jongler entre ses deux vies et voir ce qu’elle faisait de ce secret. Incroyablement intègre et altruiste, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider ses amis, et n'hésite pas à se remettre en question quand cela est nécessaire. En cela, elle est un véritable modèle pour les lecteurs. 


Cependant, si le personnage de Nora est assez développé, j’ai trouvé que les autres manquaient un peu de profondeurs ou rentraient trop dans des cases. Les indices du mal-être de Maelys, la scission entre ses parents, la personnalité de Prudence, les lois sur la sorcellerie, les pouvoirs d’Harmonie… Plein de petits points sur lesquels j’aurais aimé avoir plus d’informations. 


Cette lecture reste toute fois très sympathique, l’écriture est fluide et agréable, ça se lit très vite. Et je ne doute pas que les plus jeunes passeront un très bon moment en compagnie de Nora, Rajan et Maelys. 

dimanche 20 novembre 2022

Pourquoi j'ai mangé du lion, de Jean-Pascal Bernard


Titre : Pourquoi j'ai mangé du lion
Auteur : Jean-Pascal Bernard
Illustratrice : Caroline Taconet
Editions : Les Petites Moustaches
Nombre de pages : 70
Parution : 14/10/2020
Coût : 12,50





4ème de couverture 

Qu’est-ce qui a bien pu pousser la girafe Ramona, sage pensionnaire du zoo de Vincennes, à dévorer un lion ? Les feuilles d’acacia ne suffisaient-elles pas à la rassasier ?
– C’était un accident ! bredouille-t-elle devant le compatissant commissaire Pillière.
– Un assassinat ! rugit la veuve du fauve défunt devant l’implacable adjoint Dentu.
Et s’il s’agissait en définitive d’un crime passionnel ?
Pas bête. Mais cela n’explique pas tout…

Dans ce court roman policier, l’amour ne triomphera pas mieux que dans Roméo et Juliette. Mais, comme toujours, c’est du génie des enfants que jaillira la lumière.


Mon avis express' : 

Merci aux Petites Moustaches Editions pour cette lecture

 Lu dans le cadre de mon stage chez Les Petites Moustaches Editions, j'ai passé un agréable moment avec Pourquoi j'ai mangé du lion ; Ramona la girafe est coupable d'homicide, elle a mangé Bouly le lion. Pour résoudre cette enquête, nous suivons deux interrogatoires menés en parallèle : le commissaire avec Ramona, et son adjoint avec Sharon, la lionne compagne de Bouly. Tous deux essaient de comprendre ce qui a bien pu se passer pour pousser une girafe à manger un lion. 

Le talent de Jean-Pascal Bernard réside dans cet ligne entre abracadabrantesque et réalisme. C'est vrai, avec ces animaux qui parlent on pourrait s'attendre à un livre pour enfant, ou alors un remake de La Ferme des animaux, mais non, ici, humains et animaux se côtoient, les hommes dans les rues et les animaux dans le zoo.l. Il arrive même à nous faire oublier que la protagoniste est une girafe. Cet aspect irréaliste apporte une touche d'humour sans tomber dans la lourdeur, et je dois avouer que j'ai bien rit durant ma lecture. 

Jean-Pascal Bernard a vraiment une plume, chacun de ses personnages possède son propre dialecte, et il passe de l'un à l'autre sans gêne. J'ai aimé cette alternance de langage : soutenu pour Ramona et vulgaire pour Sharon. Le ton très recherché est contrebalancé par les onomatopées des animaux. Son écriture est fluide, les 70 pages du livre se dévorent en un rien de temps. 

Le texte est accompagné d'illustrations à la fois simples et efficaces. Ni trop imposantes, ni trop superflues, les illustrations de Caroline Taconet sont à l'image de l'écriture, suffisamment lisses pour ne pas nous faire tourner la tête et en même temps très colorées pour attirer l'oeil. 

Pourquoi j'ai mangé du lion est un court roman policier aux allures de fables enfantines qui nous fait bien rire.
Ce marivaudage moderne et humoristique s'adresse alors à la fois aux enfants qui s'amuseront des péripéties, et aux adultes qui apprécieront la parodie du polar et le travail de la langue. 

mardi 15 novembre 2022

Heartstopper tome 1 à 4, de Alice Oseman

   


 Titre : Hearstopper
Tomes 1 à 4 : Une rencontre, Un secret, Voyage à Paris, Choses sérieuses
Autrice : Alice Oseman
Editions : Hachette
Nombre de pages du tome 1 : 272
Parution du tome 1 : 09/10/2019
Coût : 15€





4ème de couverture du tome 1 

Ceci est l’histoire de deux lycéens. 
Nick, le rugbyman au sourire solaire. 
Charlie, le musicien au cœur solitaire. 

Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, 
parce qu’ils n’ont pas le même caractère, 
leur amitié n’était pas gagnée. 


Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. 
Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. 
Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante 
qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

Mon avis : 

J’ai enfin terminé la lecture des quatre Heartstopper. Il faut savoir que je les ai depuis déjà quelques mois dans ma bibliothèque et hier, je me suis demandée pourquoi je ne les avais toujours pas lu (j’ai eu la réponse avec le tome 3).


Heartstopper, c’est une saga de roman graphique LGBTQIA+ qui a fait sensation quand elle est sortie, tout le monde en parlait, tout le monde adorait et il y a quelque temps, elle a même eu droit à une adaptation Netflix.


J’avais déjà lu les deux premiers tomes, mais pour l’occasion (et puis, est-ce qu’il faut vraiment une raison pour relire des livres ? Je ne crois pas) j’ai enchaîné tome 1 à 4. Après être partie à la recherche du carnet dans lequel j’avais écrit mon avis sur le tome 1, me revoici avec…seulement 2 lignes de plus. C’était une recherche fructifiante dites-moi (pourquoi est-ce que j’écris comme je parle ? Je crois que ça fait trop longtemps que je n’ai pas chroniqué, ça me manque et du coup, je suis toute contente de revenir).


Oh j’ai oublié de prévenir, cette chronique parlera des quatre tomes, donc si vous ne les avez pas lu, gare aux spoils.


Lors de ma première lecture du tome 1, j’avais été un peu déçue. J’en avais entendu tant et tant de bien, que Une rencontre n’avait pas pu toucher le coup de coeur. Attention hein, je ne dis pas que je n’avais pas aimé, c’était mignon, mais sans plus. J’avais trouvé les dessins un peu trop simplistes, ils m’empêcher de discerner les émotions des personnages sur leur visage. 

J’avais préféré le tome 2, plus…immersif ? On voit vraiment Nick se débattre avec ses différents sentiments, , on le voit se chercher, évoluer…On découvre aussi ses peurs, ses doutes, ses réflexions, il est désemparé. Charlie et lui se sont avoués leurs sentiments mais ils cachent leur relation. Je n’ai pas trouvé ça honteux, juste mignon, comme vouloir garder un amour pour soi. Dans ce tome, les dessins m’ont montré ce premier amour avec les joues qui rosissent (je précise qu’on est on en noir et blanc, alors comment j’ai pu avoir cette réflexion ?) et les yeux qui pétillent. J’ai même versé ma larme lors de la scène entre Nick et sa mère, tant de bienveillance et  d’amour s’en dégagent. 


Donc si je résume mon avis d’antan, c’était une bonne lecture mais pas un coup de coeur, avec une très belle progression entre le tome 1 et le tome 2. 

Sauf que quand j’ai repris ma lecture hier, toute attentes et ressentiments avaient disparu. J’ai juste pris l’histoire de Nick et Charlie comme elle venait, et ça change tout ; j’ai bien plus apprécié cette seconde lecture. Certes, les dessins restent enfantins, mais là où j’y avais vu un point noir, j’y vois maintenant un atout. Que je m’explique. J’ai comparé l’évolution des dessins avec le fait de faire connaissance avec quelqu’un : plus on s’approche, plus certaines choses nous sautent aux yeux.


Eeeeet en fait je bloque à partir du tome 3. Je lis, toute contente les préparations au voyage à Paris. Je suis heureuse de retrouver Tara et Darcy ainsi que les amis de Charlie. Dans ce tome beaucoup plus gros que les précédents, les personnages secondaires sont bien plus développés, autant dans le dessin que dans leur histoire. Et là, un regard de Nick suffit à me rappeler pourquoi je ne l’avais pas lu. C’est fou, comme d’un coup, un trait de crayon peut glacer le sang : Nick regarde l’assiette pleine de Charlie. Je comprends de suite où Alice Oseman veut nous amener. C’est un peu survolé, mais dans le tome 4, ça prend quasiment toute la place : Charlie souffre de troubles alimentaires et est hospitalisé. J’ai voulu terminé ma lecture, mais je devais faire des pause à chaque page pour ne pas pleurer dans le train, et en écrivant ça, je pleure devant mon ordinateur. Stop. Je peux plus donner mon avis.


Est-ce que je publie quand même cet avis qui n’est absolument pas construit et approfondi ? Est-ce que je m’ouvre sur internet ? Oui, parce que l’idée d’écrire sur Nick et Charlie m’obsédait toute la journée et me remplissait de joie. Oui parce que c’est un sujet important, mais surtout, que c’est une très bonne lecture. Je remercie l’autrice et l’édition d’avoir mis un trigger warning sur ce tome 4, il n’en tenait qu’à moi de le prendre en compte, chose que je n’ai pas fait, car si je n’y fais pas attention, c’est que ça ne me touche pas n’est-ce pas ? Question rhétorique stupide, ça ne marche pas comme ça, ne faite pas comme moi, protégez-vous.


On respire, et on termine cette chronique. J’ai apprécié ma lecture des deux premiers tomes, cela a été plus compliqué pour les deux suivants dû à mon histoire. Mais j’ai trouvé ces tomes très bien fait, donnant les informations nécessaires sans que cela soit lourd, apportant une note positive sans que cela soit irréaliste et niais. Ce que je veux retenir, c’est que j’ai hâte de lire le tome 5 qui sort en février !