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mercredi 4 août 2021

Et dans nos coeurs, un incendie, de Elodie Chan


Titre : et dans nos coeurs, un incendie 
Autrice : Elodie Chan
Edition : Sarbacane 
Collection : Exprim'
Parution : 1 septembre 2021
Nombre de pages : 244
Coût : 16€





Synopsis : 

L’histoire fiévreuse, acide et romantique de deux ados brûlés par la vie mais sauvés par leur rencontre… 

Isadora a dans la poitrine une poudrière. Elle passe son temps à faire la gueule et voudrait cramer la terre entière. Tristan, lui, a mis son cœur à l’abri dans une cage en acier, si bien qu’à force de ne rien ressentir, il pourrait en crever.
Le jour de leur rentrée au lycée, ils tombent l’un sur l’autre dans les toilettes. Elle a foutu le feu à une poubelle, lui tente de se pendre au-dessus de la cuvette,
        et au moment où les yeux d’Isadora 

                    percutent ceux deTristan 
                                   où leurs fringues se frôlent
                                                où sa chair glacée à lui 
                                                             effleure sa peau brûlante à elle,
                                                                            tout change.

Avis : 

 Je suis sans voix. Dans mon corps, ça vibre, ça bouge, comme de regarder le paysage défiler du train. Dans mon coeur, un incendie, c’est sûr.

Un immense merci aux éditions Sarbacane pour cet envoi.


Tout mon corps entier vibre d’émotions. Un incendie ? Il y en a un dans mon coeur, et un gros. Elodie Chan m’a fait ressentir tout ce que ressentaient Tristan et Isadora. J’ai pleuré, ris, désiré, ragé avec eux.


Ce livre, c’est une tempête. Une tempête d’émotions et de poésie. Et qu’est-ce que j’ai aimé me plonger dans cette tempête. J’ai eu un électrochoc, envie soudaine de ressentir, ressentir la vie aussi fort que dans le roman.


La plume d’Elodie Chan est électrisante, addictive. J’aime ce genre de plume, poétique, cynique, moderne et ancienne à la fois. Unique. J’ai aussi aimé retrouver Baudelaire. Alors que ce n’est pas mon poète préféré, c’est la deuxième fois qu’il est plus que présent dans une de mes lectures, et cela me donne envie de redécouvrir ses vers. 


Ce livre, c’est un mélange entre Joanne Richoux, dans Les Collisions, PLS ou encore Virgile & Bloom par les personnages, les émotions, le ton, et Clémentine Beauvais dans Décomposée par la poésie, les vers libres. 


La couverture est sublime, simple, mate, elle ressemble à l’histoire.


Je voudrais tellement rendre justice à ce livre, mais je n’y arrive pas. Cela fait exactement deux semaines que je l’ai terminé, et mis à part ces quelques lignes écrites juste après ma lecture, plus aucun mot ne me vient. Quand je pense à et dans nos coeurs, un incendie, je me souviens du choc que j’ai ressenti. Pendant des semaines, j’avais du mal à lire. Virgile & Bloom, de Joanne Richoux, m’a emportée, c’était génial mais après, impossible de lire quoique ce soit. Et dans nos coeurs, un incendie m’a transportée aussi fort, d’une écriture différente, et je n’ai pas pu m’arrêter de lire ensuite. Avant toute chose, je retiens ça : et dans nos coeurs, un incendie m’a redonner l’envie de lire. 


Ce livre, c’est un ovni, je le trouve unique. Comme dans chaque Exprim’, nous avons la bande-son au début, je trouve cela génial, mais ici, les chapitres portent en plus des noms de musique, de quoi étoffer ma playlist ! La mise en page aussi est particulière, envoutante. Des post-it, des SMS, des notes et des dessins côtoient une écriture typographique, elle-même très libre avec des blancs, de l’italique, différentes polices et des mots qui flottent sur la page.


Et dans nos coeurs, un incendie, pour moi, c’est un voyage poétique au coeur même de l’adolescence avec ses peurs, ses doutes, ses colères, ses désirs, ses hésitations… Toutes ces émotions que l’on ressent si fort mais aussi cette absence d’émotion parfois. Je me suis retrouvé dans quelques pages, j’ai vécut et revécut certaines pages. Je vivais à la fois ma vie, et celle de Tristan et Isadora. 


Je crois que je commence à me répéter. Cette chronique n’a plus aucun sens. Mais en même temps, comment en donner un quand on parle du corps ? C’est ça, c’est exactement ça. Pendant deux semaines, j’ai essayer d’écrire avec mon cerveau, d’analyser, mais en fait, et dans nos coeurs, un incendie a parlé à mon corps, et c’est donc mon corps qui parle maintenant, mes mains qui tapent frénétiquement sur mon clavier, mes pensées qui sont à des milles de mon bureau : dans les toilettes d’un lycée, au cimetière du Père Lachaise avec Tristan et Isadora. Et quand je laisse mon corps se nourrir du souvenir de ma lecture, je me rends compte que j’ai envie que tout le monde vive cette expérience, sortir de son corps et revenir dedans avec tant de force. Exactement comme avec Young Royals, la première série à m’avoir fait ressentir cela. 


Donc, parce qu’il faut bien terminer cet article, ceci est une chronique comme un brouillon, mais je n’ai pas trouvé d’autre moyen de vous partager mon ressenti sur et dans nos coeurs, un incendie. C’est une lecture coup de coeur, à n’en pas douter, une lecture coup de poing qui m’a fait me sentir vivante et heureuse. 

 

Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
tentative de suicide - pensées suicidaires

 

samedi 8 mai 2021

Lettre à toi qui m'aimes, de Julia Thévenot


titre : Lettre à toi qui m'aimes
autrice : Julia Thévenot
édition : Sarbacane
collection : Exprim'
nombre de pages : 120
parution : 7 avril 2021
prix : 12,5€





4ème de couverture 

Yliès et Pénélope, ça sonne comme un couple fait pour s’aimer, un duo romantique de lettrés ; c’est musical, gourmand, sucré-calé. Alors pourquoi Pénélope ne l’aime-t-elle pas, Yliès, hein ? Elle joue avec lui, en plus, sérieux : du jour où elle l’a rencontré, elle a su qu’elle lui plaisait. Elle l’a senti, compris. Alors pourquoi, pourquoi, l’a-t-elle laissé s’approcher, s’amouracher, se glisser dans son quotidien et ses amitiés, aller aussi loin, aussi près ? Pourquoi ne veut-elle pas l’aimer?

Mon avis 


Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture

 Lettre à toi qui m’aimes fut un coup de coeur. C’est un roman très court, mais qui m’a fait ressentir tellement de choses. 

Lettre à toi qui m’aimes est une magnifique histoire d’amour, pas une de roman, pas de film à l’eau de rose, une véritable histoire d’amour entre deux individus comme vous et moi. Un garçon, qui aime une fille, qui ne l’aime pas en retour. La vision de l’aimant, on la connait, celle de l’aimée, beaucoup moins. Que faire quand on se rend compte que l’on ne partage pas les mêmes sentiments ? que cela va lui faire du mal ? que cela peut même gâcher quelque chose ? Yliès n’y est pour rien, pas plus que Pénélope. 


J'oscillais entre le YES et le PRESQUE -

quand tu as dit quelque chose


(...)


    J'ai su, avec une douce certitude, et souri différemment à partir de là :


tu me plaisais presque,

mais pas.


Dans ce court roman, nous sommes donc dans la tête de Pénélope. Elle sait ce qu’Yliès ressent pour elle, elle le sait, mais elle ne veut pas lui faire du mal, elle ne sait pas quoi lui dire, ne voulant ni le quitter ni le lui dire. Alors elle fuit. La vérité, c’est qu’elle l’aime, mais pas comme il le voudrait.


Est-ce que j'aurais dû te jeter aux cocos ? Te le dire 


e n  t o u t e s  l e t t r e s ?


    Je trouve que ce n'était pas à moi de mettre ton coeur en boîte. Cet organe-là t'appartient, et le mal que tu lui fait est tien - absurde et précieux, cruel sans doute, mais tien.


Julia Thévenot a une écriture si intense, entre rock et poésie. J’ai trouvé que les vers libres ajoutaient à la bulle. J’étais complètement plongé dans ce roman, je l’ai lu d’une traite.  D’une certaine manière, l’écriture m’a fait penser à celle de Joanne Richoux dans Les Collisions.

J'ai dit : 
- Je comprends, Yliès, et je sais - j'ai déjà vécu ça, de ne désirer rien d'autre que d'être prise, serrée, écrasée dans les bras de celui qui habite tes nuits et tes journées ; je sais ce que c'est. C'est dingue, dur, et ça te tord les boyaux et ça te flingue la tête, c'est douloureux.Je vois très bien, mais 
je ne ressens pas ça pour toi
Tu es un super
pote, 
mais je ne te vois pas comme ça.


Ecrire cette chronique fut un peu laborieux. De suite après ma lecture, j’avais écrit ce que je ressentais, mais il m’a fallut un peu de temps avant de pouvoir rédiger. Et maintenant, j’ai envie de me replonger dans Lettre à toi qui m’aimes, dans la tête de Pénélope.


J’ai aimé le sujet.

J’ai aimé la puissance de ce que j’ai ressenti.

J’ai aimé le groupe de rock/jazz et les chansons qu’il m’a fait découvrir.

J’ai aimé les personnages.

J’ai aimé Lettre à toi qui m’aimes ;)

mardi 16 février 2021

Soleil jusqu'à la fin, de Mélanie Georgelin


titre : Soleil jusqu'à la fin

autrice : Mélanie Georgelin

édition : Sarbacane

collection : Exprim'

parution : 3 février 2021

coût : 16€








4ème de couverture : 


"Un soir d'hiver, avec tante Teresa, 
on a quitté le bitume de mon enfance. 
C'est arrivé parce que Maman a claqué 
comme une ampoule. Clac, fini la vie, 
fini, d'un coup d'un seul elle a claqué. 
Noir complet." 

Amaya a douze ans quand elle voit sa mère mourir de chagrin, après le départ brutal de son père avec une Arlésienne. Aussi sauvage que sa tignasse indomptable, adulte avant l’âge, habituée à s’occuper de ses parents, elle atterrit dans un orphelinat, y enchaîne les joies et les chagrins, découvre une ribambelle de mômes brisés et d’adultes bancals qu’elle tente de réanimer comme elle peut, à coups d’histoires saugrenues et de mensonges poétiques.
Mais ce mode de survie n’a qu’un temps : Amaya est vite rattrapée par la vie telle qu’elle est, celle qui frappe sans crier gare et qui ne fait pas de quartiers. Jusqu’à ce qu’elle débarque chez Pierrot et Madeleine, un couple de vieux fous amoureux, étranges et facétieux, avec qui elle va découvrir de nouveaux horizons…



Avis : 



Merci aux Editions Sarbacane pour cet envoi, et à Laure pour le choix, ce fut un coup de cœur !


«  - Pour l'instant, tout est difficile... Un enfant n'a pas voix au chapitre. Et puis un jour, tu verras, on est adulte, et on commence à avoir le choix. Le choix de tout, certainement pas, et d'ailleurs, ça dépend des vies, faut pas se raconter des idioties. Mais comme j'ai réfléchi à ces questions depuis longtemps, je pense qu'on a toujours au moins un choix : celui de qui on veut être, au sens où on peut choisir, même dans les situations les plus moches, de rester humain. Je crois que c'est notre seule liberté. »



Amaya est une petite fille de 12 ans, c’est jeune 12 ans pour supporter toutes les merdes qui lui arrivent. Alors, pour ne pas s’effondrer, Amaya s’est construit une carapace. Un carapace pleine de  cynisme avec un caractère bien trempé.

« « La vie c'est une tartine de merde, et on en mange un peu tous les jours », disait ma mère, je m'en souviens. »


Et cette carapace cache en fait une petite chose sensible et douce. Mais, c’est dur de se montrer vulnérable n’est-ce-pas ? Pour moi, Soleil jusqu’à la fin, c’est ça : apprendre, non plus à survivre, mais à vivre. A vivre avec toute la difficulté de la vie, en l’acceptant, en la comprenant, en l’aimant même peut-être ? 

« Si tu estimes que ce que je dis est débile, dis-toi que j'essaie seulement de compenser l'absurdité de ce monde. »



Mais qu’est-ce que ce livre m’a donné une claque! Et même plusieurs. Parfois, je me dis que c’est pas humain d’avoir ces vies-là, les « foutus » de la vie, que c’est pas humain de faire souffrir comme ça, de ne pas se rendre compte de la douleur que l’on engendre, de la douleur qui existe autour de nous. Ça oppresse, coupe le souffle.

« En vérité, je suis cernée, Albert. A droite et à gauche. A tel point que la misère me sort par les trous de nez. Excusez-moi, je voudrais sortir, sortir de la vie, cette vie pourrie ! Putain mais laissez-moi passer, je cherche la sortie de secours ! Je n'arrive plus à chantonner gaiement dans la nuit noire. J'ai peur. Et dans mon corps, ça brûle. J'en peux plus, je voudrais hurler. Allô, allô, il y a quelqu'un ? Mais rien, ici tu peux t'évertuer à crier "allô, allô", ma parole Albert, y'a d'la merde dans le tuyau. »



Ce deuxième choc qu’Amaya a vécu, c’est le pire. C’était horrible, cruel. Je l’ai senti en moi, qui me coupa le souffle, choc boum. Je savais plus quoi penser, quoi faire. J’étais comme morte moi aussi.



Elle en bave Amaya, et la narration le retranscrit parfaitement. Suivant qu’il s’agisse de ses pensées ou de dialogues, le langage n’a pas la même violence, pas la même construction. Mots d’adultes et tournures d’enfants. Mais les mots d’Amaya restent durs, elle te les jette à la gueule, les crache. Pourtant, derrière, on peut apercevoir un certain aspect enfantin, naïf. Elle garde un espoir, parfois qui blesse, elle se raconte des histoires. 

« Parfois, c'est vrai, la vérité je m'en fous, je raconte n'importe quoi, pourvu que ça mousse. Parce qu'on a beau dire et faire les braves, on a tous un jour ou l'autre besoin de se colmater.

Pourquoi tu crois, Albert, que nos bennes sont toujours pleines à craquer ? On consomme pour oublier la vie, la vie telle qu'elle est. »


Parce que, même après tout ce qu’elle a vécu, Amaya, c’est une enfant, et rien ne peut lui enlever toute son enfance dans son entièreté. Elle en a de l’imagination, elle s’y est réfugiée avec Soledad, sa poupée, et nous on la suit, nous, « Albert », interlocuteur imaginaire d’Amaya.

« Me vient qu'il y a nos mères et les mères de nos mères et nous formons des ribambelles de femmes, comme des poupées russes. Des ventres et des sourires s'alignent puis sombrent dans la nuit de l'Histoire, et on a beau courir après, ces sourires tombent et ne reviennent jamais. Nos mères, elles sont englouties, Albert. »



Dans ces deux cents pages, Amaya évolue, réapprend à vivre, à croire en l’espoir de vivre. Et c’est beau d’une certaine façon. On apprend avec elle, on la voit grandir, traverser les étapes de sa vie, plus ou moins belles, plus ou moins dures. L’espoir à la fin, c’est aussi ça que je retiens, malgré toute la dureté de la vie, il y a de l’espoir, il faut apprendre à le voir.

« C'est ça, je crois, le pire de tout ce à quoi je peux penser face à la mort de ma mère ; qu'on peut en sortir, la psy. On peut ! Et elle, elle le saura jamais. »


Ce livre fut un coup de cœur, un coup de poing, une claque monumentale qui m’a coupé le souffle, fait pleurer (ou du moins, donné fortement l’envie), qui m’a submergée de tous ces malheurs, et puis à la fin, qui m’a fait relever la tête, sortir de l’eau, comme Amaya, et j’ai souri, et espéré.


Mini spoiler dans ces citations : 

« Je souris, je crois pour la première fois, à mon origine, celle qu'on déteste longtemps, qu'on cherche à semer, quitte à se perdre et qu'on se surprend un jour à aimer. Je suis de ces êtres ordinaires, un peu cassés, un peu ratés, mais qui poursuivent leur chemin, de mieux qu'ils le peuvent. Et je comprends que je veux rester parmi ceux-là, les petits, les foutus, les vaincus. Je pense à Ruby, à Tom, à Jeannot, à Pépito, à Danaé, à mes amis d'avant, et d'une certaine façon, même si je m'en sors, même si je pars vivre avec ma tante Teresa, je reste avec eux. Je ne les quitte pas. Parce que je ne suis sauvée de rien, et je ne veux même pas l'être : être sauvée suppose toujours qu'on laisse des gens derrière soi. »


« Moi, je voudrais seulement retomber comme un petit soufflet au fromage, et ne plus croire qu'il existe mieux après, plus loin, plus tard. Que l'herbe est plus verte ou plus tendre ailleurs. Je m'en fous. J'ai que cette vie-là, la mienne, et je m'apprête à la retrouver, à regagner ma cité, sans fleurs, sans couronnes, ma cité de béton qui m'a craqué mon père, ma cité de charbon où j'ai perdu ma mère. Je suis prête à aimer ce que j’ai. » 


C'est vrai que cette chronique est construite bizarrement. Durant ma lecture, certaines phrases m'ont comme sauté à la figure, je voulais m'en souvenir, je voulais les partager. J'ai aussi, cette fois-ci, écrit ma chronique tout au long de ma lecture. En la reprenant, et en l'organisant, je me suis rendue compte que j'avais une citation par point. Est-ce de relever les citations qui m'a impulsé un avis ? Je pense, et puis, la plume de Mélanie Georgelin est si percutante, je me devais de vous la partager.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
viol - maltraitance sur enfant -