Menu Horizontal


Affichage des articles dont le libellé est féminisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est féminisme. Afficher tous les articles

mardi 24 janvier 2023

C'est quand la vraie vie, de Claire Renaud


Titre : C'est quand la vraie vie ?
Autrice : Claire Renaud
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 224
Parution : 4 janvier 2023
Coût : 17€





4ème de couverture : 
Un « récit de vie » à l’échelle d’une année, qui fait grandir trois copines de 13 ans, avec drôlerie et délicatesse ! La vraie vie adolescente, pleine de ses gênes et drames savoureux. 

Antigone, Camille et Nina ont 13 ans, et beaucoup de questions, à commencer par : la vie, la vraie, ça commence quand ? Elles aimeraient vivre leurs aventures à elles, ne plus rester sur le bas-côté. Devenir des femmes fières et indépendantes – mais aussi, euh… belles, sûres d’elles, aimées, amoureuses ? Pour ça, Antigone compte bien prendre son destin en main, et elle a un plan. Non, deux. Trois plans. D’abord, elles vont devenir féministes. Et puis, se faire inviter aux soirées. Et puis, se trouver un amoureux. Et aussi, se relooker. Non, attendez, est-ce que c’est pas antinomique avec le fait d’être féministe ? Mince, et puis voilà soudain un drame familial à régler.
Alors ?? La vie, la vraie, ça commence quand ?


Mon avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour l'envoi

Antigone a 13 ans, deux copines : Camille et Nina, un crush et une conscience féministe. On fait la rencontre des trois amies le soir, dans la rue : elles collent. Pourquoi ? Parce que l’éveil féministe commence tôt, parce qu’elles veulent impressionner des filles de lycée, parce qu’elles veulent VIVRE. La jeune Enora de 13 ans est impressionnée, elle aussi aurait voulu s’insurger contre le système, faire partie de cette révolution politique.

Les lendemains, au collège, Antigone croise le regard de Basile, coup de foudre unilatéral, Antigone est prise dans ses filets. Telle la consonance tragique de son prénom, le garçon devient sa muse, son obsession, il faut qu’il l’aime, sans lui, sa vie n’a plus de goût. J’ai aimé la façon qu’a l’autrice de décrire le premier amour, il prend toute la place, nous déconcentre et nous laisse pantois, sans autre but que de se rapprocher du sujet de notre tentation. Néanmoins, avec l’emphase de ses phrases, j’ai trouvé qu’elle allait trop loin, certes, le premier amour est important, mais la plume de l’autrice lui a conféré un aspect un peu ridicule.


A partir de là, Antigone, Camille et Nina échafaudent un plan pour que notre héroïne séduise Basile : teinture, relooking, cuisine, et soirée, elles sont prêtes à tout. Mais ne sont-elles pas trop jeunes ? Se maquiller, se boucler les cheveux, les teindre en blonds… tout ça se passent au collège ? Ce n’était en tout cas pas mon collège à moi. Et c’est là que l’importance du public entre en jeu ; C’est quand la vraie vie ? est un romain Young adult alors que moi, du haut de mes 21 printemps, je lis plutôt du New adult. Le collège est loin pour moi, les codes ont changé et je n’arrive pas à m’identifier. 


Ce roman aborde donc les sujets qui peuvent définir la vie d’une ado, amours, collège, apparence, politique… et famille ! Parce qu’à la maison aussi, la vie bouge. Entre le père de Camille qui réapparait après une dizaine d’années d’absence et la mère d’Antigone qui ne rentre plus le soir, les drames familiaux occupent bien nos héroïnes. D’ailleurs, parlons en de ces parents : la mère est si blessée qu’elle rejette ses enfants et le père est si à l’ouest, que ce sont les grands qui deviennent les adultes. J’ai trouvé cela assez fort, Claire Renaud montre ainsi, peut-être de façon exagérée, que les parents sont avant tout des individus avec leurs propres failles et sentiments. 

On entre dans le roman avec une écriture bien particulière. La plume, poétique, est pleine d’emphases, elle est rythmée par une alternance entre phrases courtes et phrases nominatives, ce qui lui confère une impression toute théâtrale. L’autrice commence fort : C’est quand la vraie vie ? ne ressemble à rien de ce que j’ai lu, ce qui m’a au début bien décontenancée. Je trouvais que c’était trop, j’accrochais difficilement. Elle explique cela par le fait que notre héroïne, Antigone, s’inspire de son homonyme, la protagoniste tragique d’Euripide. Sauf que pour moi, Antigone c’est Anouilh, un de mes livres préféré et qui ne coïncide absolument pas avec l’écriture tragique de Claire Renaud. Au fil des pages, pourtant, elle se simplifie, se rapproche plus de notre façon de parler. Alors d’un côté, j’ai été soulagée, ma lecture était bien plus fluide, et de l’autre je me suis interrogée sur la raison qu’avait eu l’autrice d’écrire de cette façon au début du roman. 

En bref, je pense que je suis passée à côté de ce roman. La différence d’âge de public m’a empêchée d’entrer dans l’histoire comme il se doit. Néanmoins, l’histoire est sympa, l’écriture intéressante, les sujets nombreux et importants : ce roman plaira aux ados. 

vendredi 16 septembre 2022

Tout Ira bien, de Stéphanie Richard


Titre : Tout Ira bien
Autrice : Stéphanie Richard
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 128
Parution : 7 septembre 2022
Coût : 12,90€








4ème de couverture :

Ira, ce qu'elle préfère, c'est détruire : elle va tout casser, y compris elle-même et rien ne pourra l'en empêcher : ni ces poèmes qui sortent d'elle comme des bombes ni sa passion pour Louise Michel. À moins que... ? Il y a dans sa classe une fille, une nouvelle. Tess. " Sainte Tess ", elle l'appelle. Ira la trouve insupportable, mais Tess remue en elle un truc bien enfoui... une pulsion de vie comme une loupiotte dans la nuit planquée derrière la pierre de ses poings.

Mon avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture

Un livre coup de poing. Je dois dire que j’étais un peu sceptique au départ, Jeux Jaloux n’avait pas été un coup de coeur, ce livre m’avait perturbée. Mais Tout ira bien est totalement différent, coup, percutant, poétique. Le genre de livre que tu lis en moins d’une heure, impossible à lâcher. 

Ira est au collège, vie difficile, adolescence difficile, elle se bat comme elle peut, en étant difficile. Et au milieu de sa vie de chaos, elle nous livre des poèmes d’une beauté à couper le souffle, ses pensées sous formes de vers libres. 


Tout ira bien, beau jeu de mot n’est-ce pas ? Et quelle question. Comment tout peut aller bien quand on est née au mauvais endroit ? Quand on n’a pas de chance ? Quand on a décidé d’abandonner ? Je me pose moi-même la question. Et pourtant, malgré sa carapace, Ira va grandir, elle va évoluer, grâce à Tess. Tess, la fille modèle, parfaite, la fille que Ira déteste. Mais c’est cette fille justement qui va aider Ira. 


Ce livre m’a donné un coup de poing. Il m’a tenue en haleine pendant toute ma lecture. Je voulais que Ira s’en sorte, je voulais qu’elle retrouve l’envie de vivre. La voir se démener avec sa vie, la voir s’enfoncer me faisait mal, et en même temps je la comprenais, elle n’a plus d’espoir, elle ne veut plus d’illusion, de désillusion. 


Mais elle va trouver. Grâce à Tess, une relation que j’aurais d’ailleurs aimé plus détaillée, Ira trouvera un moyen de canaliser sa colère, un moyen sain, un moyen d’être heureuse. 

dimanche 8 août 2021

Peau d'homme, de Hubert et Zanzim


 titre : Peau d'homme 
 scénariste : Hubert
 coloriste et dessinateur : Zanzim
 éditions : Glénat
 collection : 1000 feuilles
 nombre de pages :  160
 parution : 3 juin 2020
 coût : 27€
 récompenses : Grand Prix RTL 2020, Prix Wolinski de la BD du Point 2020, Grand prix de la critique ACBD 2021, Prix Landerneau BD 2020 , Prix Ti-Zef 2020, Fauve des Lycéens 2021 au Festival d'Angouême, Prix des Libraires Canal BD 2021, Prix BDstagram 2020, Prix Imaginales de la bande dessinée des bibliothécaires 2021


4ème de couverture : 

Sans contrefaçon, je suis un garçon !

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s'affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l'amour et la sexualité.

La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que. En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l’humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d’homme nous invite tant à la libération des mœurs qu’à la quête folle et ardente de l’amour.


Avis : 

Bon allez, je me jette à l’eau, je rédige ma chronique de Peau d’Homme. Qu’est-ce que je peux dire à part que cette BD fut un coup de coeur ? Que j’aimerais que tout le monde la lise ? 


L’histoire se déroule dans la Renaissance italienne. Bianca, l’héroïne, va se marier avec Giovanni, un homme qu’elle connait à peine. Sa tante lui apprend alors un secret de famille : les femmes se transmettent depuis des générations une peau d’homme. Grâce à cette peau, Bianca peut rencontrer son fiancé, apprendre à le connaître sous les traits de « Lorenzo ». Elle va alors découvrir une liberté grisante qu’elle ne possède pas en tant que femme, mais aussi que Giovanni préfère les hommes aux femmes. Petit à petit, il tombe amoureux de Lorenzo, et Bianca mène une double vie : homme libre, heureux et amant comblé de Giovanni, et femme soumise, intriquée et délaissée par son mari. En parallèle de l’évolution de Bianca nous avons l’évolution de la société. Fra Angelo, empli d’un fanatisme religieux à faire peur, commence à resserrer son emprise sur les femmes, puis sur les hommes.


Bianca devient la figure de la liberté. Liberté sexuelle, liberté de pensée, liberté de vie. Autour d’elle gravitent différents personnages plus ou moins extravertis. J’ai aimé cette diversité de vies qui représente la société actuelle. 


Parce que, Peau d’homme, comme souvent avec le principe d’éloignement, est terriblement actuelle. Elle aborde divers thèmes : la religion, le sexisme, le travestissement, l’homosexualité, la liberté… Elle pourrait faire penser aux Fables de Lafontaine, entre humour et morale, prônant la tolérance.


J’ai apprécié qu’il s’agisse d’une bande dessinée et non d’un roman. Le graphisme apporte vraiment quelque chose ici, peut-être un côté plus abordable ? Les dessins de Zanzim sont tous simples, avec certains traits enfantins, flous et très colorés. Cela ajoute à la mise à distance je trouve.

J’ai aimé voir les corps, voir la peau de Lorenzo dans sa boîte, voir Bianca l’enfiler comme un vêtement, voir les corps des uns et des autres se toucher, se coller. 


Pour moi Peau d’homme nous livre une véritable réflexion sur la société moderne. Prise de conscience, à travers la satire, de la dualité inéluctable des extrêmes mais aussi de l’importance de la liberté et de la difficulté à se battre pour elle. 


Je me répète, mais j’aimerais que tout le monde lise cet ouvrage.

jeudi 22 juillet 2021

Le Manifeste des 343, L'Histoire d'un combat, de Hélène Strag, Adeline Laffitte et Hervé Duphot


Titre : Le Manifeste des 343, L'Histoire d'un combat
Scénaristes : Hélène Strag et Adeline Laffitte
Illustrateur : Hervé Duphot 
Edition : Marabulles
Nombre de pages : 144
Parution : 7 octobre 2020
Coût : 17,95€



4ème de couverture : 

Fin 1970, Nicole, jeune documentaliste au Nouvel Observateur s’indigne du sort des femmes obligées d’avorter clandestinement. Elle décide de mettre en place une action d’envergure avec le Mouvement de Libération des Femmes et de monter un « scoop » destiné à changer la société et les mentalités… 
Ce sera le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir, signé par 343 Françaises connues ou inconnues et publié par le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, alors que l’avortement était illégal en France. Cette audace a marqué l’histoire du féminisme français et ouvert la voie à la loi Veil dépénalisant l’avortement, adoptée en 1975. 

Du manifeste des 343, l’Histoire a surtout retenu la couverture satirique de Cabu 
dans Charlie Hebdo. 50 ans après, les auteurs ont voulu revenir sur les événements qui ont conduit à sa parution dans Le Nouvel Observateur et redonner à chacun·e son rôle légitime.


Avis : 

Une fois n'est pas coutume, je vous parle d'une bande dessinée, et je voulais tellement la lire celle-ci aussi. C’est maintenant (depuis juin mais bon) chose faite grâce à mon stage dans un CDI (bah quoi, en faisant l’inventaire, je l’ai emprunté ;)


L’avortement est pour moi un sujet extrêmement important. Je le considère comme un droit, un droit qu’à chaque femme de pouvoir choisir sa grossesse, son corps, sa vie. Mais c’est un droit pour lequel il faut se battre, encore aujourd’hui, et je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment son histoire. 


Le Manifeste des 343, l’Histoire d’un combat fut donc une lecture à la fois dure et nécessaire. Dure, car le sujet, certaines images, certains histoires m’ont mis un coup, nécessaire car je pense qu’il faudrait connaître l’histoire de chaque combat. On connaît la création de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens, mais on ne connaît pas, ou peu l’histoire du droit à l’IVG, du droit de vote des femmes et de tant d’autres droits. 


J’ai beaucoup appris dans cette bande dessinée romancée. Elle a fait le lien avec la bande dessinée Simone Veil : L’Immortelle illustrée aussi par Hervé Duphot. 

J’ai appris comment l’idée d’une pétition signée par des femmes ayant avorté est née dans l’esprit d’une journaliste. J’ai appris la difficulté que cela a été de mettre en place ce manifeste. J’ai appris le travail de groupe entre le journal, la journaliste et le MLF. J’ai revu des choses que je trouve aberrantes : les décès suites aux avortements clandestins, le danger pour les médecins pratiquant cela de façon saine. J’ai eu froid dans le dos.


Encore une fois, je trouve que le format est parfait. Nous avons les pages aux différents tons chauds qui nous permettent de nous retrouver (le ton changera si l’on ne suit plus le même personnage) et qui sont entrecoupées de pages noires : les infos télévisées. J’ai trouvé cela très intéressant, petite parenthèse nous plongeant encore plus dans le passé. 


Cette bande dessinée, c’est un devoir de mémoire pour moi, une lecture indispensable pour se souvenirs des horreurs du passée afin de ne pas les reproduire, de continuer de se battre.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)

avortement  - saignements - 


Un peu de dates : 


1967 : légalisation de la contraception, malheureusement, encore trop peu démocratisée et uniquement pour les femmes majeures de plus de 21 ans.

1970 : création du MLF, Mouvement de Libération des Femmes, mouvement féministe, autonome et non-mixte

28 août 1970 : le MLF dépose, sous l’Arc de Triomphe, une gerbe de fleurs pour la « femme du soldat inconnu »

5 avril 1971 : Manifeste des 343 dans le Nouvel Observateur, 343 femmes signent une pétition disant avoir avorté et souhaitant la dépénalisation de l’avortement 

juillet 1971création de l'association Choisir par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, mouvement de lutte pour la dépénalisation de l'avortement 

octobre et novembre 1972 : procès de Bobigny. Procès d'une jeune mineure ayant avorté après un viol et de 4 femmes majeurs, complices ou pratiquante, défendues par Gisèle Halimi.

3 février 1973 : Manifeste des 331 dans le Nouvel Observateur, 331 médecins signent une pétition disant qu’ils pratiquent l’avortement 

avril 1973 : création du MLAC, Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception avec pour objectif la diffusion d'une information sexuelle, la liberté de la contraception et l'avortement
décembre 1974 : Loi sur la contraception libre et gratuite, par Simone Veil qui autorise les centres de planning familial à délivrer aux mineures à titre gratuit et anonyme des contraceptifs sur prescription médicale, sans limite d'âge
12 janvier 1975 : Loi Veil, dépénalisation de l'avortement 


vendredi 9 juillet 2021

Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal


titre : Les Impatientes
autrice : Djaïli Amadou Amal
édition : Emmanuelle Collas 
nombre de pages : 252
parution : 4 septembre 2020
coût : 17€
récompenses : Prix Orange du livre en Afrique 2019, Prix Goncourt des Lycéens 2020




4ème de couverture : 

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.

Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l'époux de Safira, tandis que Hindou, sa soeur, est contrainte d'épouser son cousin. 

Patience ! C'est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu'il est impensable d'aller contre la volonté d'Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?

Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Avis : 

En me promenant dans une librairie, j’ai vu ce livre dans les nouveautés. Je me suis dit « pourquoi pas », mais je ne l’ai pas pris. Plus tard, j’ai vu qu’il avait gagné le prix Goncourt des lycéens. Je me suis dit « il faut que je le lise ». Ensuite, mon prof de géo nous en a parlé, disant qu’il pouvait servir d’accroche pour nos dissertations sur Populations et inégalités ; il en avait même fait un résumé. Je me suis dit « je veux vraiment le lire ». Mais je ne l’ai pas lu. Ce n’est qu’en sortant de l’épreuve de géographie, fin avril, que je l’ai vu à la bibliothèque. Et là, je l’ai lu. 


Les Impatientes est un recueil de 3 nouvelles mettant en lumière la vie de 3 femmes, liées. Ramla, 18 ans, raconte le moment ses noces avec un homme qu’elle n’aime pas, l’annonce, les préparatifs, les mises en garde, les conseils… Sa soeur Hindoux raconte son mariage avec son cousin, et surtout ce qui suit : la « nuit de noce », les viols, les violences, la solitude. Enfin, il y a Safira, la co-épouse de Ramla, qui raconte l’arrivée de cette nouvelle femme, la peur de l’abandon, les croyances, les marabouts pour rester le seul amour de son époux.


Après toute cette attente, j’ai eu du mal à entrer des le texte. Je n’accrochais pas, l’écriture me gênait, il y avait trop de virgules, je me sentais coupée dans ma lecture. Peut-être est-ce ce temps d’habituation qui m’a fait moins aimer la première nouvelle. 


Ou peut-être est-ce le contraste avec l’histoire d’Hindoux. J’ai été complètement happée par cette intrigue. Pourquoi ? C’était l’horreur qui m’empêchait d’arrêter. J’ai eu le souffle coupé par cette histoire.


Les Impatientes est fiction. Pourtant, tout au long du recueil, je n’ai pu m’empêcher de penser à la réalité. Car cela arrive. Ce n’est pas sorti tout droit de l’imagination de l’autrice. Djaïli Amadou Amal a été mariée de force.

Mariage forcé, vieille fille à 18 ans, études rares pour les filles, viol, polygamie, marabout, sort, violence, marchandisation de la femme… Ca ne peut pas être vrai, pas au XXIème siècle ! Et pourtant… Ce livre m’a fait réfléchir sur la société musulmane. Ce sont des moeurs que je ne connais pas et j’ai maintenant envie d’en apprendre plus, plus sur cette religion, ses moeurs et ses pays pratiquants qui, pour moi, se cachent derrière une interprétation pour commettre tout ça.


Petit update du 9 juillet : 

Plus d’un mois après, j’ai toujours ce souvenir fort d’une lecture révoltante, horrifiante et importante. J’aime ces livres qui font me font réfléchir, évoluer, ces livres qui m’en apprennent plus sur le monde dans lequel je vis. J’ai de plus en plus envie de lire des histoires, des essais sur des choses que je ne connais pas ou peu, et pour cela, je recommande Les Impatientes.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
viol  - violences physiques - 

mercredi 26 mai 2021

L'année de grâce, de Kim Liggett


titre : L'année de grâce
autrice : Kim Liggett
édition : Casterman
nombre de pages : 528
parution : 7 octobre 2020
coût : 19,90€
récompenses : Prix Millepages 2020 et Prix Libr'à nous 2021





4ème de couverture : 

Celles qui survivront ne seront plus jamais les mêmes.

« Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit.
Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en
devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté.
Pourtant, je ne me sens pas magique.
Ni puissante. »

Un an d’exil en forêt.
Un an d’épreuves.
On ne revient pas indemne de l’année de grâce.
Si on en revient.

Avis : 

 Ceci est une chronique « coup de gueule ». Je n’arrive pas à écrire cette chronique sans tout déverser. J’ai besoin d’extérioriser, d’en parler avec d’autres qui ont lu le roman. Elle va donc, une fois n’est pas coutume, contenir quelques spoilers.


L’année de grâce fut une déception. Je m’attendais à un roman révolutionnaire, féministe, engagé. Au lieu de ça, j’ai plutôt trouvé un roman ado basique. Ai-je grandi ? Avais-je trop d’attentes ? 


Le lieu de l’intrigue est inconnu, l’époque aussi, mais les valeurs sont celles du Moyen-Âge. Les filles sont mariées de force, à 16 ans, âge où leur « magie » se déclenche. Juste après les propositions de mariage, qui se font en huit-clos uniquement masculin, les jeunes filles sont envoyées en forêt pour dissiper leur magie et revenir inoffensives. C’est l’année de grâce. L’héroïne, Tiernan, est dès le départ différente des autres. Elle ne veut pas se marier, ne croit pas à la magie, rêve (ce qui est interdit), elle veut être libre, indépendante. 

Pourquoi, pour une fois, ne pourrait-on pas avoir un groupe d’héroïnes et non une seule ? 


Le groupe, c’est ce que j’espérais voir apparaître dans ce roman. Une entraide féminine, féministe. Or, l’année de grâce fait ressortir le pire chez les jeunes filles, l’autrice déploie une violence impressionnante. Pourquoi ce surplus de violence physique, de barbarie ? Peut-être était-ce la frustration que ressentaient les femmes d’être mal traitées en ville qui ressortait entre elles et contre elles durant l’année de grâce ? Néanmoins, je n’ai pas trouvé cela utile, j’avais l’impression d’une violence gratuite, comme dans le film Blanche Neige et le chasseur où les mères défigurent leurs filles pour qu’elles ne soient pas plus belles que la Reine.


Cette violence m’a paru encore plus déplacée quand j’ai découvert au fil des pages une histoire d’amour trop clichée à mon goût. SPOIL La proie et le braconnier, l’amour interdit. SPOIL Dans ce livre féministe, j’aurais aimé une héroïne véritablement indépendante, qui n’a pas besoin d’un homme pour lui faire se rendre compte de la société aberrante dans laquelle elle vit. Or, j’ai eu l’impression de retomber dans une histoire niaise, exactement comme ce que j’avais ressenti à la lecture de VOX, de Christina Dalcher.


Comme pour le roman de Christina Dalcher, le sujet est important : sexisme, machiste, domination masculine et peur de la femme. Et comme pour ce roman, L’Année de grâce a, pour moi, échoué à le traiter sur la longueur de l’intrigue. 


Parlons en de cette intrigue. L’environnement moyenâgeux et magique me paraissait un très bon moyen de détourner tout en parlant d’aujourd’hui (le principe de mise à distance spatiale et temporelle qu’utilisent Saint-Simon dans ses Mémoires, Du Bellay dans Les Regrets, et bien d’autres, permet ainsi de mieux se rendre compte de notre réalité sans entrer en confrontation directe avec elle). Malheureusement, j’ai trouvé le cadre mal posé, il me manquait des détails, des explications : comment en était-on arrivé là ? pourquoi les filles étaient-elles dotées de « magie » ? Et j’ai trouvé de nombreuses facilités scénaristiques (la fin, notamment)


Enfin, et après promis j’arrête ma diatribe contre L’année de grâce, j’ai été gênée par l’écriture. Je ne sais pas si c’est la traduction ou l’originale, mais pour moi, cela sonnait faux. Le vocabulaire utilisé ne convenait pas, j’avais l’impression qu’elle (autrice ou traduction) voulait montrer ses connaissances, ses mots savants. Mais cela n’apportait rien à l’intrigue, au contraire. Certains auteurs ont une langue en excès, des personnages de l’excès, mais c’est fait exprès, comme le Capitan Matamore de qui Scarron se moque et sur qui il cherche à surenchérir (ou comme moi qui tente de réutiliser mes cours dans mes chroniques).


Contrairement à beaucoup d’avis, sur internet, en librairie, je n’ai pas accroché avec L’année de grâce. Mais si ce livre permet à ses lectrices et lecteurs de réfléchir aux problématiques abordées, alors je pense que Kim Liggett aura rempli le contrat médiatique du « livre féministe » et c'est ce qui m'importe, qu'un livre véhicule un message.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)
violence physique - sang - mort  -

dimanche 22 novembre 2020

Gorilla Girl, de Anne Schmauch



titre : Gorilla Girl
autrice : Anne Schmauch
édition : Sarbacane
collection : Exprim'
nombre de pages : 208
parution : octobre 2020
coût : 16€






4ème de couverture 

Je m’appelle Léone, je suis faite pour le rugissement.
J’ignore quelle grognasse de fée s’est penchée sur mon berceau il y a 21 ans, mais j’ai un talent certain pour la baston. Le problème quand tu es une meuf et que tu as le coup de poing facile, c’est que, niveau mecs, tu es condamnée au supplice de Tantale.
Ma mère pense que je vais droit dans le mur, avec mes conneries – en même temps, elle est flic… alors forcément, on a deux trois divergences de vue. Et puis c’est complètement faux ! Ma vie est pleine de projets sérieux : faire la fête avec mes amis, recouvrir Paris de graffs anarchistes, draguer avec la finesse d’un char d’assaut, renverser le patriarcat, soigner mon look de leadeuse d’un groupe punk…
De toute façon, je suis sûre que si je fonce assez fort dans le mur, j’arriverai à passer au travers. Et qui sait ce qu’on trouve, de l’autre côté… L’amour ?
Mouais. L’amour, c’est comme les grenades dedésencerclement : ça finit toujours par t’exploser à la figure.


Avis 

J’ai mis du temps à écrire cette chronique. Je voulais qu’elle soit à la hauteur de Gorilla Girl, avec une véritable analyse, pas que mon ressenti, des questionnements sur la société actuelle etc… Je voulais faire des recherches, je ne trouvais pas le temps et au final, je me retrouve là à me dire que parce que je n’arrive pas à parler d’un livre de façon objective et « khâgneuse » je n’en parle pas du tout. Et ce n’est pas ce que je veux, car j’ai adoré ce livre. Donc, je laisse tomber mon idée de « chronique intellectuelle sérieuse » je laisse place à ce que je ressens, à ce que je sais déjà. Et ça suffira bien n’est-ce pas ?



« Prudence, c’est pas le mot le plus chiant de la langue française ? Celui qui fait que tu passes à côté des trucs les plus excitants de l’existence ? »



J’ai aimé Léone, cette héroïne de 22 ans qui change de l’ordinaire. Elle a ses convictions et se bat pour elles. Elle tient un group de punk rock avec deux amies, et j’ai aimé cet artivisme que je connaissais peu, ce fond de musique, comme un autre fil rouge rythmant le roman. Léone est passionnée, parfois irréfléchie, mais elle évolue, n’est pas tant coincée que ça dans le carcan « les flics, c’est les méchants ». J’ai aimé que l’héroïne ne soit pas une fille modèle qui découvre quelque chose, mais au contraire, une jeune femme qui dès le début a un avis tranché sur les choses.


Son cercle d’amis est bien éclectique. Une philosophe, une artiste, une biologiste, un plongeur… J’ai aimé cette diversité d’études, qui me rappelle Dans le désordre de Marion Brunetk, ce coup de coeur de 2016 : des envies de changer le monde, un squat, des manif, une histoire d’amour… Dans Gorilla Girl, il y a l’idée qu’une envie de changement peut venir de personnalités différentes et qui se complètent et s’enrichissent. De plus, et à titre personnel, je trouve que les études nous permettent d’avoir différentes approches. Et puis, ils ont tous des points de vue différents, chacun avait envie de manifester d’une façon, et ils s’écoutaient les uns les autres. J’ai apprécié aussi que les héroïnes aient une vision pacifiste et artiviste des manifestations. Pas besoin de violence physique pour faire passer des messages.


J’ai adoré le personnage de la mère, cette mère sans aucune douceur apparente, véritable bulldozer du quotidien mais qui veut le meilleur pour ses enfants. Elle forme un drôle de couple avec Ball-Trap. Ils sont tous les deux policiers mais ont des caractères très différents. J’ai trouvé intéressant de découvrir aussi le côté traumatisant de ce métier. Quant à Roland, le frère de Léone, il est CRS. Il ne symbolise pas le mauvais rôle du CRS que voudrait lui donner Léone mais plutôt une tête à claques comme n’importe quel frère.


L’histoire était addictive, je crois que je l’ai lu en un weekend. La narration de Léone me prenait totalement. J’ai aimé son franc-parler, j’ai aimé les discussions des filles, notamment sur la sexualité dont elles parlaient très librement, ce qui aujourd’hui participe à la prise de conscience du plaisir féminin.


Mes deux petites déceptions ? L’histoire d’amour, que je trouvais trop présente, trop… je ne sais pas, de trop. (J’ai appris après ma lecture que Gorilla Girl est classé comédie romantique sur fond de manifestations et revendications. Mais quand même, j’aurais aimé une moins grosse part de romance) Et l’histoire avec l’homme squelette, un peu trop rocambolesque pour moi, un peu trop incrédule.


Et mes études là-dedans, elles peuvent ajouter quelque chose ?


Un exposé avait été fait sur les Pussy Riot dans mon cours de russe au lycée ; on étudiait les figures qui protestaient contre le président Poutine et sa politique. C’est un groupe de punk rock féministe russe, créé en 2011 notamment en réponse aux propos misogynes, homophobes et sexistes du père Dmitry Smirnov. L’arrestation de deux de ces membres dont Léone fait mention a eu lieu en 2012. Elle ont été arrêtées pour « hooliganisme » à cause d’une intervention dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, intervention décrétée comme étant « motivée par la haine religieuse ». L’organisation internationale de défense des droits de l’homme, Amnesty International, les a reconnues comme des prisonnières d’opinion. 

(je sais, j’ai dit que je ne ferai pas de recherche, mais ça, c’était rapide ; 

source, la page wikipedia russe des Pussy Riot  : https://ru.wikipedia.org/wiki/Pussy_Riot)



Breeeef, tout ça pour dire : lisez-le ! Du féminisme, de l'artivisme, des revendications, de l'amitiés et même de l'amour ! Y'a de tout, un énorme coup de coeur