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mardi 10 octobre 2023

Un livre à travers des citations : L'enfant qui, de Jeanne Benameur


Titre : L'enfant qui
Autrice : Jeanne Benameur
Editions : Acte sud
Nombre de pages : 128
Parution : mai 2017
Coût : 13,80€ (existe en poche)






4e de couverture : 

Trois trajectoires, trois personnages mis en mouvement par la disparition d’une femme, à la fois énigme et clé.
L’enfant marche dans la forêt, adossé à l’absence de sa mère. Il apprend peu à peu à porter son héritage de mystère et de liberté. Avec un chien pour guide, il découvre des lieux inconnus. À chaque lieu, une expérience nouvelle. Jusqu’à la maison de l’à-pic.
Le père, menuisier du village, délaisse le chemin familier du Café à la maison vide. En quête d’une autre forme d’affranchissement, il cherche à délivrer son corps des rets du désir et de la mémoire.
Et puis il y a la grand-mère, qui fait la tournée des fermes voisines, dont le parcours encercle et embrasse le passé comme les possibles.
Porté par la puissance de l’imaginaire, L’Enfant qui raconte l’invention de soi, et se déploie, sensuel et concret, en osmose avec le paysage et les élans des corps, pour mieux tutoyer l’envol.

Mon avis :


 " Les paroles qui font juste ce qu'il faut de bruit pour se sentir vivants, ensemble." 
p33

L’écriture de Jeanne Benameur est bien particulière, une ponctuation qui sonne étrangement à nos oreilles, un vocabulaire simple, à hauteur de l’enfant que nous suivons, impossible de ne pas se laisser emporter par ses mots. 


Cet enfant, c’est « l’enfant », c’est « tu », nous n’en savons pas plus, et cela interroge. Qui est-il ?Pourquoi cette adresse ? Alors que les autres personnages sont décrits, détaillés, lui reste non identifié.  Sa solitude est alors renforcée car, bien qu’il partage les pages avec son père et sa grand-mère, seule l’absence de sa mère compte. Le narrateur s’appuie sur ce manque pour parler à l’enfant, le raconter.  


"Alors reviennent les mots tapis dans sa bouche. Ils vibrent entre tes côtes. Tu poses ta main sur ta poitrine d'enfant." 
p39

"La grammaire de cette langue ne s'apprend nulle part. Personne ne peut l'enseigner. C'est une langue sauvage. Qui va sa route de corps en corps, ne se donne que par le silence de la peau. Une langue aveugle comme peut l'être le petit au creux du corps de la mère, pas encore livré au monde. C'est ma langue des rêves assourdis et des mythes des hommes." 
p56


On découvre la mère à travers les pensées et les souvenirs des trois personnages. La mère devient la personnification du monde, en cherchant à la comprendre, ils cherchent en fait la signification de la vie elle-même. 


"Son nom lancé dans l'air du soir,  c'était un étrange plaisir, il se souvient. Il existait plus fort dans l'appel de sa mère. Dans cette voix qui le hélait au crépuscule. Bien plus fort que lorsqu'il était présent devant elle." 

p76

"Est-ce qu'un nom voyage bien après que toute voix s'est tue ? est que les branches basses des arbres le portent jusqu'à leur sommets et le nom, porté par le souffle du vent, doucement, comme un petit dans la mâchoire d'un mère, découvre l'étendue de la canopée de la forêt. Combien de temps faut-il pour qu'un nom redescende jusqu'à l'oreille de celui qui et nommé ? 

p106


Ce petit livre d’une centaine de pages ne retrace qu’une seule journée, où l’important n’est pas les actions mais les réflexions qui en découlent. Jeanne  Benameur nous fait entrer dans un univers onirique où la nature tient une grande place, en osmose avec le corps. L’enfant, accompagné d’un chien, se promène dans la forêt, se faufilant dans des recoins, sentant la terre sous ses pieds, l’humidité dans l’air. Là, il peut laisser parler le silence, crier, chanter, écouter.


"Tu t'arrêtes toi aussi, le silence du pelage sous la main." 
p37

" Ton chant t'allèges de tous les regards de tous les cris de tous les silences.
Ta vie peut se mêler à toute vie. Tu rejoins tout ce qui vit tout ce qui meurt. Tu fais partie. Il n'y a plus de temps." 
p25


Jeanne Benameur nous livre ici un conte initiatique où l’enfant doit apprendre à grandir, le père à vivre sans sa femme. Ces personnages cherchent à se reconstruire après la disparition de l’être aimé, la femme, la mère. Comment raconter ce déchirement entre une mère et son enfant ? Où chercher la force pour avancer ? A travers leur douleurs et leurs blessures qui réapparaissent les personnages se tournent vers le passé et leurs souvenirs afin de reprendre le contrôle sur leur vie.


"Adossé à son absence, tu entames le périlleux voyage.
Tu te ramasses dans sa bouche close. Tu roules avec les mots engloutis. Ils sont là. Durcis vibrants retenus. Comme avant les nuages gris fer juste avant qu'éclatent les pluies drues des printemps.

Ils t'attendent." 

p36


"Tu t'affoles. J'entends ta respiration. Elle bute sur quelque chose de dur dans ta poitrine. Tu cours tu lutte contre ce qui durcit, là, une pierre. Entre tes côtes, l'air siffle et se serre. Alors tu sens que tu es toujours vivant. Par la douleur. C'est une rude façon mais c'est la seule que tu possèdes." 

p13


L’enfant qui, ça pourrait être un partie de notre histoire, des bribes d’émotions que chacun peut ressentir. L’harmonie des mots nous portent, on est dans la forêt, on est le père, la grand-mère, mais surtout l’enfant avec ce tutoiement qui le rend universel. Une quête, non pas du bonheur mais de l’apaisement qui, j’espère, vous touchera autant que moi.

"Il partira comme elle. En voleur. Voleur de quoi ? de la peine qu'on fait ? Celui qui part, est-ce qu'il doit toujours sentir qu'il a volé quelque chose ? 
p108

samedi 9 septembre 2023

Tout Ella de Sarah Emilie Simone


Titre : Tout Ella
Autrice : Sarah Emilie Simone
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 224
Parution : 3 mai 2023
Coût : 16€





4ème de couverture : 

Une comédie de passage à l’âge adulte à se mordre les joues de bonheur. 

Le jeudi, je passe mon permis.
Le vendredi, j’ai les résultats du bac et ma mère italienne tombe dans les pommes pour un demi-point au rattrapage.
Le samedi, je pars en Bretagne avec mes meilleurs amis dans une voiture volée empruntée pour aller chercher Zaza, ma grand-mère, qui a soudain disparu.
Le dimanche je me réveille la tête dans le sable, je me suis embrouillée avec tout le monde et j’ai 45 appels en absence de ma mère italienne.

Ouhlà, Ella, qu’est-ce que t’as encore fait comme dinguerie ?


Mon avis : 

Je suis un peu mitigée en refermant Tout Ella. Le roman est très drôle, et il y avait certains passages qui me faisaient bien rire, mais je n’ai pas, mais alors pas du tout, accroché avec l’héroïne.


Je ne pouvais pas voir Ella en peinture, elle voulait à tellement retrouver Zaza, sa grand-mère qu’elle en devenait égoïste. Ses amis vont jusqu’en Bretagne (de Paris !) pour elle, et elle n’a aucune reconnaissance envers eux, elle est même prête à saborder l’audition de sa meilleure amie. Au premier abord, je trouvais ses motivations justes : elle avait peur qu’il soit arrivé quelque chose à sa grand-mère, mais plus les pages défilaient, plus Ella était en colère contre Zaza pour l’avoir abandonnée.


Mise à par Ella, qui a quand même bien entaché ma lecture, c’est un livre à l’aventure rocambolesque. Sarah Emilie Simone ne nous décrit que quatre jours ! Ce court laps de temps donne au roman une certaine urgence sans toutefois nous tourner la tête. La rencontre avec l’agent de sécurité, sortant de nul part, marche à merveille, en plus d’ajouter un burlesque très agréable, elle apporte une certaine touche d’humanité au roman, un espoir d’empathie et de gentillesse désintéressées. Durant ces quatre jours, nos héros ne sont pas toujours en symbiose, une énorme dispute éclate mais ils finissent par se retrouver, ce qui définit parfaitement l’amitié : des embrouilles et des réconciliations. 

Ce court road-trip plein de fraicheur permet tout de même une évolution des personnages, ils sortent grandis de leur expérience qui semble pour le moins inconsciente, on peut se le dire. Sarah Emilie Simone nous montre une vie entière condensée en quelques jours à peine.


Alors que le personnage d’Ella m’est antipathique, les personnages secondaires sont eux, très touchants. Entre Maya, la jeune fille réfléchie, aux talents artistiques qui a toujours su ce qu’elle voulait faire de sa vie, et Ben qui est en proie à des combats internes et familiaux, on peut facilement se reconnaitre dans certains de leurs traits de caractère. Tous deux nous montrent cet âge charnière de la fin du lycée où l’on se cherche encore et où l’on est un peu perdu au milieu de tout cet enchaînement de changements. 

La mère d’Ella est par ailleurs très comique : archétype de la mamma italienne, elle est maladroite, et parfois, comme tous les parents, un brin trop protecteur. Après la mort de son mari, elle s’est renfermée pour se protéger sans savoir que cela allait impacter sa fille. Malgré tout, on ressent l’amour qu’elle porte à Ella et son souhait d’une vie meilleure pour elle. 

Quant à Zaza… C’est un personnage, dans tous les sens du terme ! Complètement atypique, elle est la personne la plus importante pour Ella, elle s’est occupée d’elle comme de sa propre fille. La décision qu’elle a prise de partir n’était motivée que par la volonté de faire grandir sa petite-fille, même si je trouve cela un peu ahurissant d’opérer un changement si brutal.


On éprouve un certain attachement au trio constitué par Ella, Maya et Ben, rendant cette lecture plus sympathique. A travers ce road-trip rempli d’imprévus et d’émotions, Tout Ella aborde avec justesse le difficile passage de l'adolescence à l'âge adulte.

mardi 24 janvier 2023

C'est quand la vraie vie, de Claire Renaud


Titre : C'est quand la vraie vie ?
Autrice : Claire Renaud
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 224
Parution : 4 janvier 2023
Coût : 17€





4ème de couverture : 
Un « récit de vie » à l’échelle d’une année, qui fait grandir trois copines de 13 ans, avec drôlerie et délicatesse ! La vraie vie adolescente, pleine de ses gênes et drames savoureux. 

Antigone, Camille et Nina ont 13 ans, et beaucoup de questions, à commencer par : la vie, la vraie, ça commence quand ? Elles aimeraient vivre leurs aventures à elles, ne plus rester sur le bas-côté. Devenir des femmes fières et indépendantes – mais aussi, euh… belles, sûres d’elles, aimées, amoureuses ? Pour ça, Antigone compte bien prendre son destin en main, et elle a un plan. Non, deux. Trois plans. D’abord, elles vont devenir féministes. Et puis, se faire inviter aux soirées. Et puis, se trouver un amoureux. Et aussi, se relooker. Non, attendez, est-ce que c’est pas antinomique avec le fait d’être féministe ? Mince, et puis voilà soudain un drame familial à régler.
Alors ?? La vie, la vraie, ça commence quand ?


Mon avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour l'envoi

Antigone a 13 ans, deux copines : Camille et Nina, un crush et une conscience féministe. On fait la rencontre des trois amies le soir, dans la rue : elles collent. Pourquoi ? Parce que l’éveil féministe commence tôt, parce qu’elles veulent impressionner des filles de lycée, parce qu’elles veulent VIVRE. La jeune Enora de 13 ans est impressionnée, elle aussi aurait voulu s’insurger contre le système, faire partie de cette révolution politique.

Les lendemains, au collège, Antigone croise le regard de Basile, coup de foudre unilatéral, Antigone est prise dans ses filets. Telle la consonance tragique de son prénom, le garçon devient sa muse, son obsession, il faut qu’il l’aime, sans lui, sa vie n’a plus de goût. J’ai aimé la façon qu’a l’autrice de décrire le premier amour, il prend toute la place, nous déconcentre et nous laisse pantois, sans autre but que de se rapprocher du sujet de notre tentation. Néanmoins, avec l’emphase de ses phrases, j’ai trouvé qu’elle allait trop loin, certes, le premier amour est important, mais la plume de l’autrice lui a conféré un aspect un peu ridicule.


A partir de là, Antigone, Camille et Nina échafaudent un plan pour que notre héroïne séduise Basile : teinture, relooking, cuisine, et soirée, elles sont prêtes à tout. Mais ne sont-elles pas trop jeunes ? Se maquiller, se boucler les cheveux, les teindre en blonds… tout ça se passent au collège ? Ce n’était en tout cas pas mon collège à moi. Et c’est là que l’importance du public entre en jeu ; C’est quand la vraie vie ? est un romain Young adult alors que moi, du haut de mes 21 printemps, je lis plutôt du New adult. Le collège est loin pour moi, les codes ont changé et je n’arrive pas à m’identifier. 


Ce roman aborde donc les sujets qui peuvent définir la vie d’une ado, amours, collège, apparence, politique… et famille ! Parce qu’à la maison aussi, la vie bouge. Entre le père de Camille qui réapparait après une dizaine d’années d’absence et la mère d’Antigone qui ne rentre plus le soir, les drames familiaux occupent bien nos héroïnes. D’ailleurs, parlons en de ces parents : la mère est si blessée qu’elle rejette ses enfants et le père est si à l’ouest, que ce sont les grands qui deviennent les adultes. J’ai trouvé cela assez fort, Claire Renaud montre ainsi, peut-être de façon exagérée, que les parents sont avant tout des individus avec leurs propres failles et sentiments. 

On entre dans le roman avec une écriture bien particulière. La plume, poétique, est pleine d’emphases, elle est rythmée par une alternance entre phrases courtes et phrases nominatives, ce qui lui confère une impression toute théâtrale. L’autrice commence fort : C’est quand la vraie vie ? ne ressemble à rien de ce que j’ai lu, ce qui m’a au début bien décontenancée. Je trouvais que c’était trop, j’accrochais difficilement. Elle explique cela par le fait que notre héroïne, Antigone, s’inspire de son homonyme, la protagoniste tragique d’Euripide. Sauf que pour moi, Antigone c’est Anouilh, un de mes livres préféré et qui ne coïncide absolument pas avec l’écriture tragique de Claire Renaud. Au fil des pages, pourtant, elle se simplifie, se rapproche plus de notre façon de parler. Alors d’un côté, j’ai été soulagée, ma lecture était bien plus fluide, et de l’autre je me suis interrogée sur la raison qu’avait eu l’autrice d’écrire de cette façon au début du roman. 

En bref, je pense que je suis passée à côté de ce roman. La différence d’âge de public m’a empêchée d’entrer dans l’histoire comme il se doit. Néanmoins, l’histoire est sympa, l’écriture intéressante, les sujets nombreux et importants : ce roman plaira aux ados. 

samedi 17 décembre 2022

L'Eveil des sorcières tome 2, de Cordélia


Titre : L'Eveil des sorcières
Tome 2 Le Secret de Maelys
Autrice : Cordélia
Edition : Scrinéo
Nombre de pages : 240
Parution : 14/10/2021
Coût : 12,90





4ème de couverture : 

Ma vie a ra-di-ca-le-ment changé ces derniers mois : je suis devenue une... sorcière ! En plus, je ne suis pas la seule du collège : Maelys et Rajan, deux élèves à qui je n'avais jamais parlé, le sont aussi ! Ensemble, on fait notre apprentissage auprès de Mme Wàn, notre prof de musique (enfin de sorcellerie surtout !). 
Après avoir passé (et réussi) mon initiation de sorcière en décembre, je pensais pouvoir continuer mon apprentissage tranquillement. Mais depuis quelques temps, Maelys est bizarre : elle est énervée, elle délaisse les cours de magie et ne réussit plus bien ses sorts... Et quand j'essaye de savoir ce qui ne va pas, elle refuse mon aide. Que faire ? Heureusement, avec Rajan, on a un plan pour comprendre ce qui se passe...

Mon avis : 

Ça fait une semaine que j'essaie d'écrire ma chronique du tome 2 de L'Eveil des sorcières de Cordelia, alors vous savez quoi ? On laisse tomber les fioritures et les grands discours et on s'y met ! 

Dans le tome 1, Nora se découvre des pouvoirs magie et Harmonie, sa professeur de musique, la prend en apprentissage. Elle rencontre alors deux autres apprentis : Rajan et Maelys. Bien que jeunes, ils sont déjà sensibilisés aux questions d'égalité et vont lutter contre le sexisme qui sévit dans leur collège, en utilisant un peu de magie…

J’avais beaucoup apprécié ce tome 1 : de la magie, de l’engagement, de l’inclusivité et de la bienveillance, que demander de plus ? Cordélia nous offre ici un roman jeunesse accessible à tous, divertissant tout en transmettant de belles valeurs. J’ai aimé qu’elle prône ainsi la différence avec une famille homoparentale et des personnages au physique varié. De plus, j’ai appris l’existence du Langage Parlé Complété. Là où la LSF (langue des signes française) est une véritable nouvelle langue où l’on utilise uniquement des signes, la LPC est un complément au langage oral.


Le tome 2 va se concentrer sur le personnage de Maelys, mais bien sûr, la narratrice reste Nora. 

Maelys a un an de plus que Nora et Rajan, et elle est apprentie sorcière depuis un peu plus de deux ans. C’est une fille très douce, toujours prête à aider ses consoeurs à perfectionner leurs sortilèges. Or, Nora observe des différences chez son amie, elle arrive en retard, paraît fatiguée, sur les nerfs, et semble cacher un mal-être derrière une façade méprisante. 

Dans ce tome, Cordelia aborde la santé mentale chez les jeunes et l'importance d’entendre leur détresse. Thématique extrêmement importante et trop peu exploitée en jeunesse, j'ai cependant trouvé que cela allait très vite. J'aurais aimé un crescendo plus approfondi, avec des questionnements et des incompréhensions de la part de Nora et Rajan.


Le personnage de Nora est attachant. Enthousiasmée par sa découverte de la magie, elle prend ses cours très au sérieux et l’on a accès à certaines pages de son grimoire, chose qui m’a beaucoup plus. Néanmoins, son apprentissage empiète sur sa vie de collégienne, et elle s’éloigne petit à petit de ses amies. J’aurais aimé la voir plus jongler entre ses deux vies et voir ce qu’elle faisait de ce secret. Incroyablement intègre et altruiste, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider ses amis, et n'hésite pas à se remettre en question quand cela est nécessaire. En cela, elle est un véritable modèle pour les lecteurs. 


Cependant, si le personnage de Nora est assez développé, j’ai trouvé que les autres manquaient un peu de profondeurs ou rentraient trop dans des cases. Les indices du mal-être de Maelys, la scission entre ses parents, la personnalité de Prudence, les lois sur la sorcellerie, les pouvoirs d’Harmonie… Plein de petits points sur lesquels j’aurais aimé avoir plus d’informations. 


Cette lecture reste toute fois très sympathique, l’écriture est fluide et agréable, ça se lit très vite. Et je ne doute pas que les plus jeunes passeront un très bon moment en compagnie de Nora, Rajan et Maelys. 

vendredi 16 septembre 2022

Tout Ira bien, de Stéphanie Richard


Titre : Tout Ira bien
Autrice : Stéphanie Richard
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Nombre de pages : 128
Parution : 7 septembre 2022
Coût : 12,90€








4ème de couverture :

Ira, ce qu'elle préfère, c'est détruire : elle va tout casser, y compris elle-même et rien ne pourra l'en empêcher : ni ces poèmes qui sortent d'elle comme des bombes ni sa passion pour Louise Michel. À moins que... ? Il y a dans sa classe une fille, une nouvelle. Tess. " Sainte Tess ", elle l'appelle. Ira la trouve insupportable, mais Tess remue en elle un truc bien enfoui... une pulsion de vie comme une loupiotte dans la nuit planquée derrière la pierre de ses poings.

Mon avis : 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture

Un livre coup de poing. Je dois dire que j’étais un peu sceptique au départ, Jeux Jaloux n’avait pas été un coup de coeur, ce livre m’avait perturbée. Mais Tout ira bien est totalement différent, coup, percutant, poétique. Le genre de livre que tu lis en moins d’une heure, impossible à lâcher. 

Ira est au collège, vie difficile, adolescence difficile, elle se bat comme elle peut, en étant difficile. Et au milieu de sa vie de chaos, elle nous livre des poèmes d’une beauté à couper le souffle, ses pensées sous formes de vers libres. 


Tout ira bien, beau jeu de mot n’est-ce pas ? Et quelle question. Comment tout peut aller bien quand on est née au mauvais endroit ? Quand on n’a pas de chance ? Quand on a décidé d’abandonner ? Je me pose moi-même la question. Et pourtant, malgré sa carapace, Ira va grandir, elle va évoluer, grâce à Tess. Tess, la fille modèle, parfaite, la fille que Ira déteste. Mais c’est cette fille justement qui va aider Ira. 


Ce livre m’a donné un coup de poing. Il m’a tenue en haleine pendant toute ma lecture. Je voulais que Ira s’en sorte, je voulais qu’elle retrouve l’envie de vivre. La voir se démener avec sa vie, la voir s’enfoncer me faisait mal, et en même temps je la comprenais, elle n’a plus d’espoir, elle ne veut plus d’illusion, de désillusion. 


Mais elle va trouver. Grâce à Tess, une relation que j’aurais d’ailleurs aimé plus détaillée, Ira trouvera un moyen de canaliser sa colère, un moyen sain, un moyen d’être heureuse. 

dimanche 19 juin 2022

Premières lignes : Jonas, de Lily Arcoeur

Premières lignes est un rendez-vous créé par Aurélia du blog Ma Lecturothèque. Il s'agit de vous faire découvrir un livre en vous mettant ses premières lignes. Simple non ?
J'ai trouvé le principe plutôt sympa, donc quand l'envie m'en prendra, pourquoi ne pas le faire?
Ce genre d'article est pour moi l'occasion de vous partager certaines de mes lectures sur lesquelles j'aurais du mal à disserter longtemps ou des écritures qui m'ont particulièrement touchée, reconnaissables dès les premières lignes.


Prologue

Samedi 17 novembre 2012

– Jonas… T’es prêt ?
– Ouais, deux secondes !
Je m’appuie dos contre la porte de la salle de bains et pousse un soupir. J’entends maman courir partout entre sa chambre et le salon, très affairée. C’est bizarre, cette effervescence, cet enthousiasme. Papa et elle, on les croirait en train de se préparer pour une fête.
– Jonas, si tu sors pas, on va être à la bourre. Ils vont te tuer.
– Ouais, c’est bon !
La porte s’ouvre d’un coup et je tombe presque en arrière. Je me rattrape de justesse et me tourne vers lui, furieuse… avant de rester bouche bée devant son accoutrement.
– Nan, tu déconnes…
Mon frère s’est procuré le pull de leur organisation, la Manif pour tous, mais en version rose – pour les filles, donc. Version rose, et XXXL, ça lui tombe jusqu’aux genoux comme une robe et dévoile une de ses épaules osseuses. Je lève un sourcil jusqu’au plafond.
– Tu peux pas y aller comme ça, Jon, déconne pas. Et puis, ça fait carrément…
– Quoi, ça fait carrément quoi ?
Je me mords la lèvre, hésite. Plonge mes yeux dans les siens, d’un bleu très clair – à cette loterie-là, c’est lui qui a gagné, les miens sont du marron le plus banal.
– Ben… tu sais bien. T’as vu ton épaule ?
Il rigole.
– Ça les rendrait fous, hein ?
J’hésite encore, l’observant par en dessous à travers mes courtes boucles rousses indisciplinées.
– Jon. Tu me dirais, hein ?
– Je te dirais quoi ?
– Si tu l’étais.
– C’est si dur que ça de prononcer ce mot ?
Je m’empourpre.
– Non. Si tu étais gay. Voilà, je l’ai dit, t’es content ? Tu me dirais ?
Bien sûr qu’il me dirait. Les parents le tueraient, il aurait besoin de tout le soutien nécessaire. Il sait bien que je serai là quoi qu’il arrive. Il sourit, plus sérieux. Se penche sur moi et m’embrasse sur le front, comme il le fait parfois maintenant qu’il me dépasse – c’est injuste, c’est pourtant moi l’aînée, d’un an.
– Bien sûr que je te dirais. Bon, c’était juste pour déconner, tout ça. Je voulais leur faire peur.
Je ris un peu à mon tour.
– Ça marcherait sacrément bien, si tu veux mon avis…
– Ouais. Peut-être un peu trop.
Il retire le pull d’un mouvement adroit, dévoilant son torse nu un peu trop maigre, et me le tend.
– Tu veux le mettre ?
– Ça va pas non ? Jamais de la vie, je rigole encore.
Il se fait plus sombre.
– Je sais pas, ça a pas l’air de t’embêter plus que ça, d’aller à cette manif.
Je hausse une épaule.
– On n’a pas vraiment le choix, de toute façon. Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Je m’en fous.
Il secoue la tête.
– De quoi tu te fous pas, hein ?
– Hé ! Va chier !
Je lui balance son pull à la figure et me détourne, furieuse. Tout le monde ne peut pas s’intéresser à ce genre de trucs, hein, la politique, l’écologie, comment on gère le monde… Il n’a que quinze ans, comment il peut paraître si sérieux, parfois !
 
Oh non, c’est une caméra que je vois là ? Il ne manquait plus que ça, qu’on passe à la télé. Je m’en fiche de faire partie de ce cortège d’excités, mais j’aimerais autant que personne du lycée me voie, c’est la honte assurée.
Les parents marchent devant, bras dessus, bras dessous. Je ne les avais pas vus aussi unis depuis des années. C’est drôle, ils n’avaient jamais manifesté de leur vie, avant. C’est fou qu’il ait fallu un truc aussi insignifiant que le mariage gay pour les indigner au point de les pousser à descendre dans la rue.
Jonas marche à côté de moi en balançant des vacheries sur tous les gens qu’on croise. « Regarde celle-là, avec ses souliers vernis et son serre-tête en velours, on la croirait tout droit sortie d’un couvent… Et celle-là… oh merde, c’est une vraie bonne sœur ! » Je rigole avec lui. Ça fait passer le temps.
Dans son mégaphone, une femme très remontée hurle les mêmes slogans depuis l’heure qu’on marche dans ce cortège de personnes de tous âges. Elle a l’air tellement énervée, elle aussi. Et c’est si entraînant, ces slogans, que je me suis surprise à les répéter par ennui, à un moment. Et je me suis sentie comme un sujet de laboratoire dont on serait en train de laver le cerveau, ça m’a fait un drôle d’effet.
Je m’ennuie et, comme toujours dans ces cas-là, je laisse mes pensées vagabonder. En ce moment, elles ont tendance à toujours aller dans la même direction – vers l’image d’un garçon grand, brun, charismatique, qui parle avec un fort accent anglais en vous regardant droit dans les yeux, il est tellement intense… ! C’est William, l’un des nouveaux – et j’ai trop de chance parce qu’il est dans ma classe. William a déjà fait un million de trucs de fou dans sa vie, comme la moitié d’un tour du monde avec ses parents en camion. Il joue de la guitare et il est beau comme un dieu, je ne suis pas la seule à le dire. J’ai hâte d’être à lundi matin pour retourner en cours – et ça, c’est un petit exploit, parce qu’en ce moment je n’ai pas vraiment envie d’aller moisir dans ma classe de première scientifique. Jonas m’a traitée d’imbécile quand je lui ai dit quelle orientation je choisissais. Il m’a dit d’arrêter de toujours faire ce que les parents voulaient. On s’est disputés très fort, et on s’est réconciliés devant une bonne série, les pieds sur la table et avec un énorme seau de pop-corn.
Jonas et moi, on est inséparables. On a beau se crier dessus à longueur de journée, c’est la moitié de moi-même, presque comme si on était jumeaux. C’est l’ancre qui me relie à la terre ferme quand j’en ai marre de tout et que j’aimerais vivre dans un de mes livres, ce qui m’arrive un peu trop souvent.
Je lui jette un regard en coin. Il marche avec un petit sourire, les mains dans les poches de son jean, le soleil venant jouer dans ses cheveux châtains. Il faudrait que je lui parle enfin de William. D’habitude, je ne garde pas mes petits secrets aussi longtemps. Et mon frère est toujours, toujours de bon conseil pour moi. C’est décidé, ce soir je lui raconte tout.
Jonas, de Lily Arcoeur,
Hugo New Way poche 2022
317 pages, 7,60€ 



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Je reviens doucement sur le blog, doucement dans la lecture aussi. Je ne me sentais pas capable de vous faire une chronique complète de Jonas, de Lily Arcoeur, mais je tenais à vous en parler dans le cadre du mois des fiertés, alors une semaine après la Pride de Bordeaux (à laquelle je n'ai pu assister) voilà mon avis sur un livre LGBT qui dénonce le harcèlement et encense l'amour. 
C'est sur la table d'entrée de la bibliothèque que j'ai découvert ce roman ; il était un peu trop gros pour moi en ce moment, mais sa couverture verte m'a attirée. La quatrième de couverture est très secrète, on ne sait pas trop de quoi Jonas va parler, mais le synopsis de babelio a fini de me convaincre.

Je sais qu'habituellement, mes Premières lignes sont plus courtes, mais le prologue donne vraiment le ton du roman et je ne me sentais pas de le couper avant. 

Dans ce prologue, on sent la relation entre Louve et son frère Jonas, pleine de bienveillance, d'égalité, de respect. Ce fut pour moi un grand enjeu dans le roman : comment la relation entre eux va-t-elle évoluer au vu des révélations après ce mois de novembre ?
On sent aussi le poids familiale qui repose sur les épaules de Louve : elle n'accepte pas les idées de ses parents mais ne se rebelle pas. Combien d'enfants se retrouvent dans ce cas ? Que doit-elle faire ? Comment se comporter ?

Comme je le disais, j'ai beaucoup de mal à lire en ce moment, alors je ne saurais dire si les longueurs du texte était dues à mon absence de concentration ou au texte lui-même, mais parfois, je n'avais tout simplement pas envie de me replonger dans Jonas. Je trouvais certaines idées scénaristiques trop faciles comme la relation entre Louve et Arthur, comment cela s'est-il produit au juste ? Et puis, j'aurais aimé plus de détails concernant Elsa ou les autres personnages secondaires tels que Eliott et Flore. Je pense en effet que leur présence aurait pu apporter beaucoup au personnage de Louve, et en même temps, leur absence montrait le huis-clos familiale dans lequel elle était enfermée, son impuissance à trouver des ressources.

J'ai donc lu ce livre dans le cadre du mois des fiertés et j'ai trouvé que Lily Arcoeur abordait avec justesse le coming out des personnages et les répercussions dans la vie quotidienne :  
"Elle m’a dit qu’elle m’aimait « quand-même ». Ça change tout, ces deux petits mots. Parce qu’un jour on est un fils qu’on aime sans conditions, et le lendemain on n’est plus qu’un fils qu’on aime « quand-même »; malgré quelque chose. Et ce n’est pas à cause de quelque chose qu’on aurait faite. C’est malgré quelque chose qu’on est, comme une tare. Maman « m’aime quand-même », malgré ma tare, voilà ce qu’elle a dit" 
On assiste, impuissant, au harcèlement scolaire que subissent certains personnages, la façon dont ils perdent leur lumière, et comment le malêtre les gagne de plus en plus. On suit l'évolution de pensée de Louve, mais aussi de ses parents, et c'est très intéressant ; c'est la première fois que je lis un livre où ce n'est pas le protagoniste qui est outé. Que j'arrive à bien m'exprimer : c'était intéressant car on voit les répercussions sur le personnage de Louve et en même temps j'étais parfois gênée : comment peut-elle en vouloir à son frère ? Certes son monde s'écroule, mais celui de Jonas, le héros éponyme aussi. Parfois, Louve m'agaçait énormément. Je pense que c'est un livre pour un public plus hétéronormé : comment combattre ses préjugés. 

J'ai particulièrement apprécié l'épilogue, qui laissait la parole à Jonas et qui était juste sublime. Je ne voyais pas de meilleure manière de terminer ce roman que l'amour et l'acceptation de soi.

Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)

propos homophobes, harcèlement, scarifications, outing

mercredi 8 septembre 2021

Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi


Titre : Il est grand temps de rallumer les étoiles
Autrice : Virginie Grimaldi
Edition : Fayard
Parution : 02/05/2018
Nombre de pages : 396
Coût : 18,50 €






4ème de couverture : 

Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers.
Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée.
À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’amour.
Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’il a quitté le navire.
Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin.

Avis : 

 J’ai lu peu de livres de Virginie Grimaldi, mais je ne sais pas pourquoi, ma tête les associe aux vacances. Un entrelacs de vies, une place importante pour la famille, une fin agréable, bref, une explosion de vie.

J’ai passé un très bon moment avec Il est grand temps de rallumer les étoiles. Anna, mère de Chloé 17 ans et Lily 12 ans, se retrouve dépassée. Au chômage alors qu’elle n’a pas de compétence particulière, croulant sous les dettes, elle se rend compte que ses filles vont mal. Alors ni une ni deux, elle les embarque dans un road trip vers la Scandinavie.


" Les parents sont des funambules. On marche sur un fil tendu entre le trop et le pas assez, un colis fragile entre les mains.
Il faut être attentif, mais ne pas laisser croire à notre enfant qu'il est le centre du monde; il faut lui faire plaisir sans qu'il devienne blasé; il faut équilibrer son alimentation sans le priver; il faut lui donner confiance, mais qu'il reste humble; il faut lui apprendre à être gentil, mais à ne pas se laisser faire; il faut lui expliquer les choses, mais pas se justifier; il faut qu'il se dépense et qu'il se repose; il faut qu'il apprenne à aimer les animaux, mais à s'en méfier; il faut jouer avec lui et le laisser s'ennuyer; il faut lui apprendre l'autonomie tout en étant présent; il faut être tolérant mais pas laxiste; il faut être ferme mais pas rude; il faut lui demander son avis, mais pas le laisser décider de tout; il faut lui dire la vérité sans atteindre son innocence; il faut l'aimer sans l'étouffer; il faut le protéger, mais pas l'enfermer; il faut lui tenir la main tout en le laissant s'éloigner." 

En ce moment, nombres de mes lectures utilisent l’alternance de point de vue. Ici, nous avons Anna qui narre, Chloé qui raconte sa vie sur son blog Les Chroniques de Chloé et Lily qui raconte la sienne dans son journal Marcel. Trois voix, trois façons de raconter. 


J’ai adoré lire Lily, ses expressions rigolotes m’ont bien amusée, ses PS à la fin de chaque page, le « Cher Marcel »… Elle avait un mélange de maturité et d’innocence impressionnant. Elle me faisait rire, j’avais envie de la protéger. J'ai aussi beaucoup aimé sa relation avec Noé, une véritable leçon sur l'amitié et la tolérance.


Je me suis beaucoup identifiée à Anna. Anna et ses attaques de panique qu’elle narrait avec une justesse incroyable. La peur de la peur, c’est exactement ça, les deux cerveaux qui se battent, le sentiment merveilleux d’avoir surmonté cela. 


« En réalité, je n’ai pas peur de tomber en panne ou d’être cambriolée. Je crains de faire une attaque de panique et de ne pas réussir à la gérer. Je redoute de perdre connaissance et que mes filles se retrouvent seules. Je suis terrorisée à l’idée de ressentir ces symptômes terribles, les symptômes de la peur. En fait, j’ai pas peur d’avoir peur. J’ai peur de moi. »


Lire ces mots m’a fait à la fois replonger dans mes crises et m’en a sortie. Je me suis sentie faible puis plus forte, grandie. J’ai lu le mal que ressentait Anna, comment elle vivait avec ça et comment ses filles vivaient en spectatrices de ces attaques. J’ai aimé que cela soit abordé par petites touches, avec humour et justesse. 


Je me suis aussi identifiée à Chloé. Hypersensible, en décalage avec le monde et pourtant vivant le monde si intensément. Contrairement à plusieurs héroïnes décalées, Chloé ne cherche pas à renforcer ce fossé avec de la provocation, elle cherche à s’adapter. Et elle souffre de cette différence. Elle a un côté naïf, son désir d’être aimée est si beau, si enfantin, si douloureux aussi d’une certaine façon car trop peu de personnes peuvent combler un besoin d’amour si grand. 


« On venait de se faire mettre KO par la beauté du monde. »


Assise dans le train, j’ai voyagé avec Il est grand temps de rallumer les étoiles. J’ai découvert des paysages magnifiques, des personnages chaleureux. J'ai beaucoup apprécié les autres camping-caristes, petites touches de vies, d'humour, de troubles, de remises en question. Mention spéciale aux deux petits papis. Bref, je faisais partie du road trip, et j’aime entrer dans ma lecture de cette façon. Je me suis sentie proche de la nature, comme si Virginie Grimaldi m’ouvrait les yeux à travers ceux de Chloé, Anna et Lily. Les descriptions des paysages et l’émerveillement des filles étaient beau à lire. Ca et voir cette famille se ressouder doucement. 


Virginie Grimaldi offre une très belle leçon de vie à ces personnages, et à nous aussi par la même occasion, ajoutant humour et émotions. Je suis étonnée d’avoir autant apprécié ma lecture. En y repensant, un sentiment d’apaisement me vient, je revois les magnifiques paysages que les filles ont traversé. Une petite déception peut-être concernant Julien, mais c’est vraiment pour chercher la petite bête. 


Un roman feel good plein d'amour et de beauté qui donne envie de croquer la vie à pleines dents avec les gens qu'on aime. Une lecture fraiche, vivante qui fait du bien. 


« J’ai l’impression que nous sommes tous à bord d’un bus qui avance inexorablement vers une destination commune. On s’y croise, on s’y perd, on s’y accompagne parfois. Certains en descendent avant le terminus. On ne peut pas le freiner, on ne peut pas l’arrêter quelques instants, on peut juste faire en sorte de s’y sentir le mieux possible.

(…)

Mais je devine déjà l’intersection. Elle approche de plus en plus vite. Chloé va changer de siège. Lily aussi un jour. »



Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)

violences conjugales -  attaques de panique