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dimanche 28 mai 2023

Kérozène, de Adeline Dieudonné


Titre : Kérozène
Autrice : Adeline Dieudonné
Edition : Iconoclaste
Nombre de pages : 312
Parution : 1 avril 2021
Coût : 20€ (existe aussi en poche)






4ème de couverture : 


Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre lesquelles vont se tisser parfois des liens. Un livre composite pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.

Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité. Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné : meurtres, scènes de baise, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, Kerozene interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde.

Mon avis :


La boucle est bouclée. C’est la seconde impression que j’ai en refermant Kérozène : la fin est écho du début, elle lui répond, identique avec seulement une précision en plus. Sauf qu’entre temps, une ribambelle de personnages ont défilé, 13 en tout.

Chacun raconte un pan de sa vie. Une partie qui peut, ou non, expliquer leur présence dans cette station service. Parce que oui, j’ai oublié de le dire : ces 13 personnages ont un point en commun, ils se trouvent sur une aire d’autoroute des Ardennes. A partir de là, Adeline Dieudonné joue avec eux. Elle les fait se rencontrer, se croiser, elle raconte leur passé plus ou moins loin. J’ai vraiment eu cette impression de jeu. Avec des chapitres indépendants les uns des autres qui équivaut chacun à une histoire, l’autrice tisse des liens entre ses personnages, se fait marionnettiste du roman. Je dois avouer que ce jeu m’a quelque peu perdue ; j’avais du mal à différencier chaque personnage, qui était qui, qui avait rencontré qui… La fin m’a paru abrupte après avoir écouté tant de voix différentes, je n’y étais absolument pas préparée, et je ne pense pas l’avoir bien comprise.

J’ai dit que cette construction circulaire était la seconde chose qui m’avait frappée à la fin du roman, la première étant une sensation de malaise. Le livre s’ouvre sur une phrase choc : « 23h12. Si on compte le cheval mais qu’on exclu le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise. » (ça rappelle un certain incipit…). Elle donne de suite le ton au roman : une fascination perverse et jubilatoire. Avec ses phrases courtes tombant d’un coup comme une pierre, les pages s’enchaînent à une rapidité monstre qui accentue la sensation douce-amère de la fin. Les mots et leur sens nous explosent à la figure, tellement qu’il nous semble être au milieu de l’action et l’on se sent souillé, à la fois épié et voyeur.

A travers des personnages tous plus dérangeants les uns que les autres, Adeline Dieudonné dépeint une société contemporaine d’une violence inouïe. Toutes ces vies fracassées, si névrosées qu’on ne peut qu’espérer qu’elles ont été inventées, ça fait peur. Au milieu de tous les narrateurs, Red Apple, un cheval, paradoxalement le plus humain de tous, et ma plus grande surprise aussi. Dans les autres chapitres, on subit une vie malsaine qu’on a aidé à créer, ici, on est l’innocent qui vient de naître, l’enfant qui ne connait pas la vie et à qui on fout une baffe pour la lui expliquer. On est dans la tête de Red Apple, une sorte de parenthèse entre des scènes de sexe et d’une morbidité sans nom, la violence est moins poignante mais n’en reste pas moins présente devant ce regard naïf qui découvre l’incompréhensible cruauté de l’humanité. 

Oui, c’est vraiment ça que je retiens de Kérozène : un roman-fables (qui s’est d’ailleurs renforcée quand, lors d’une rencontre, Adeline Dieudonné a expliqué la genèse du roman : des nouvelles antérieur qu’elle avait voulu mettre en scène et étoffer) sur les dérives de l’être humain, entre pamphlet et thriller.

PS : Ca faisait longtemps que je n’avais pas écrit, je me suis donc bien amusée avec cette chronique pleine d’emphases et de mots grandiloquents


jeudi 22 juillet 2021

Le Manifeste des 343, L'Histoire d'un combat, de Hélène Strag, Adeline Laffitte et Hervé Duphot


Titre : Le Manifeste des 343, L'Histoire d'un combat
Scénaristes : Hélène Strag et Adeline Laffitte
Illustrateur : Hervé Duphot 
Edition : Marabulles
Nombre de pages : 144
Parution : 7 octobre 2020
Coût : 17,95€



4ème de couverture : 

Fin 1970, Nicole, jeune documentaliste au Nouvel Observateur s’indigne du sort des femmes obligées d’avorter clandestinement. Elle décide de mettre en place une action d’envergure avec le Mouvement de Libération des Femmes et de monter un « scoop » destiné à changer la société et les mentalités… 
Ce sera le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir, signé par 343 Françaises connues ou inconnues et publié par le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, alors que l’avortement était illégal en France. Cette audace a marqué l’histoire du féminisme français et ouvert la voie à la loi Veil dépénalisant l’avortement, adoptée en 1975. 

Du manifeste des 343, l’Histoire a surtout retenu la couverture satirique de Cabu 
dans Charlie Hebdo. 50 ans après, les auteurs ont voulu revenir sur les événements qui ont conduit à sa parution dans Le Nouvel Observateur et redonner à chacun·e son rôle légitime.


Avis : 

Une fois n'est pas coutume, je vous parle d'une bande dessinée, et je voulais tellement la lire celle-ci aussi. C’est maintenant (depuis juin mais bon) chose faite grâce à mon stage dans un CDI (bah quoi, en faisant l’inventaire, je l’ai emprunté ;)


L’avortement est pour moi un sujet extrêmement important. Je le considère comme un droit, un droit qu’à chaque femme de pouvoir choisir sa grossesse, son corps, sa vie. Mais c’est un droit pour lequel il faut se battre, encore aujourd’hui, et je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment son histoire. 


Le Manifeste des 343, l’Histoire d’un combat fut donc une lecture à la fois dure et nécessaire. Dure, car le sujet, certaines images, certains histoires m’ont mis un coup, nécessaire car je pense qu’il faudrait connaître l’histoire de chaque combat. On connaît la création de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyens, mais on ne connaît pas, ou peu l’histoire du droit à l’IVG, du droit de vote des femmes et de tant d’autres droits. 


J’ai beaucoup appris dans cette bande dessinée romancée. Elle a fait le lien avec la bande dessinée Simone Veil : L’Immortelle illustrée aussi par Hervé Duphot. 

J’ai appris comment l’idée d’une pétition signée par des femmes ayant avorté est née dans l’esprit d’une journaliste. J’ai appris la difficulté que cela a été de mettre en place ce manifeste. J’ai appris le travail de groupe entre le journal, la journaliste et le MLF. J’ai revu des choses que je trouve aberrantes : les décès suites aux avortements clandestins, le danger pour les médecins pratiquant cela de façon saine. J’ai eu froid dans le dos.


Encore une fois, je trouve que le format est parfait. Nous avons les pages aux différents tons chauds qui nous permettent de nous retrouver (le ton changera si l’on ne suit plus le même personnage) et qui sont entrecoupées de pages noires : les infos télévisées. J’ai trouvé cela très intéressant, petite parenthèse nous plongeant encore plus dans le passé. 


Cette bande dessinée, c’est un devoir de mémoire pour moi, une lecture indispensable pour se souvenirs des horreurs du passée afin de ne pas les reproduire, de continuer de se battre.


Avertissements : 
(surligner pour voir, cela peut potentiellement divulguer l'intrigue)

avortement  - saignements - 


Un peu de dates : 


1967 : légalisation de la contraception, malheureusement, encore trop peu démocratisée et uniquement pour les femmes majeures de plus de 21 ans.

1970 : création du MLF, Mouvement de Libération des Femmes, mouvement féministe, autonome et non-mixte

28 août 1970 : le MLF dépose, sous l’Arc de Triomphe, une gerbe de fleurs pour la « femme du soldat inconnu »

5 avril 1971 : Manifeste des 343 dans le Nouvel Observateur, 343 femmes signent une pétition disant avoir avorté et souhaitant la dépénalisation de l’avortement 

juillet 1971 : création de l'association Choisir par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, mouvement de lutte pour la dépénalisation de l'avortement 

octobre et novembre 1972 : procès de Bobigny. Procès d'une jeune mineure ayant avorté après un viol et de 4 femmes majeurs, complices ou pratiquante, défendues par Gisèle Halimi.

3 février 1973 : Manifeste des 331 dans le Nouvel Observateur, 331 médecins signent une pétition disant qu’ils pratiquent l’avortement 

avril 1973 : création du MLAC, Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception avec pour objectif la diffusion d'une information sexuelle, la liberté de la contraception et l'avortement
4 décembre 1974 : Loi sur la contraception libre et gratuite, par Simone Veil qui autorise les centres de planning familial à délivrer aux mineures à titre gratuit et anonyme des contraceptifs sur prescription médicale, sans limite d'âge
12 janvier 1975 : Loi Veil, dépénalisation de l'avortement